| Le
Bouddha et ses enseignements |
Il est très difficile de dire avec précision lesquels des nombreux
écrits des canons bouddhistes rapportent les paroles exactes
prononcées par le Bouddha. (Le Canon tibétain compte à lui seul
plus de cent gros volumes qui lui sont attribués.) On peut cependant
distinguer un certain nombre d'idées clefs qui sont au coeur
de son message spirituel. La voie vers la libération de la souffrance
enseignée par le Bouddha demande une compréhension profonde
de la nature même de l'existence. L’existence n'est qu'un cycle
perpétuel d'insatisfactions et le moyen de mettre fin à ce cycle
passe par une profonde lucidité quant à sa véritable nature.
Tout individu qui entreprend une quête spirituelle doit comprendre
le mouvement incessant reliant causes, conditions et effets.
Rien ne vient à exister sans cause, et une fois toutes les conditions
créées, rien ne peut empêcher la conséquence. Toujours selon
le Bouddha, c'est notre attachement profond et habituel au concept
d'un «moi» permanent qui est la cause une armée de poisons -
les plus importants étant le désir égoïste, l'aversion et l'ignorance
- qui jettent les fondations d'une vie aux multiples perturbations
psychologiques et émotionnelles. Notre mode d'interaction avec
nos semblables consiste à s'attacher à ceux que nous considérons
comme proches de ce «moi» et à rejeter ceux que nous percevons
comme menaçants pour lui. Sur cette base, nous accomplissons
des actes aussi néfastes pour nous que pour autrui. Le chemin
vers la libération consiste à développer une claire compréhension
de l'absence de tout «soi» qui existerait de façon permanente.
Le Bouddha était donc très différent des autres maîtres religieux
de son époque : il enseignait « l'absence de soi » (anatman),
voie qui désigne la notion d'une essence (ou «soi») individuelle
et fixe comme source de toute souffrance. Les arguments philosophiques
servant à démontrer l'impossibilité d'une essence fixe ou immuable
sont souvent subtils et très détaillés, mais la plupart s'appuient
sur le flux constant qui sous-tend toute existence causale.
En bref, tout ce qui provient d'une cause est forcément transitoire,
une des raisons étant que rien ne peut exister avant d'avoir
été produit. Nous, qui provenons aussi de causes, n'avons donc
aucune nature permanente. En tant qu'êtres «transitoires», il
est impossible que nous soyons pourvus d'un soi ou d'une essence
fixe ou immuable, malgré la conviction injustifiée qui nous
porte à croire le contraire.
Les Quatre Axiomes et les Quatre Nobles vérité :
Les principes énoncés ci-dessus sont contenus dans les Quatre
Axiomes, une formule traditionnelle qui, dit-on, condense toute
la pensée bouddhiste:
1) tout ce qui est conditionné est transitoire ;
2) ce qui est pollué par des états mentaux négatifs produit
forcément de la souffrance ;
3) tout est dépourvu d'essence ou de soi ;
4) le nirvana est la paix véritable.
Ces mêmes principes sous-tendent les Quatre Nobles Vérités,
autre formule traditionnelle qui oriente la pratique bouddhiste
:
1) la souffrance existe ;
2) cette souffrance a une origine ;
3) il y a une cessation de la souffrance ;
4) il existe une voie menant à cette cessation
La première des Quatre Vérités, la souffrance, est liée à la
notion d'impermanence. En effet, une grande partie de notre
souffrance provient de notre présomption que le monde et la
vie doivent fournir un point de référence fixe et immuable,
alors que tout dans notre expérience quotidienne démontre la
nature inévitable et omniprésente du changement. La deuxième
vérité, l'origine de la souffrance, se rapporte aux états mentaux
négatifs ou «obscurcis», car ces états nous poussent à accomplir
des actes qui produisent de la souffrance. La cessation de la
souffrance, la troisième vérité, est déjà le nirvana, un état
de paix parfait puisque toute souffrance a été éliminée. Enfin,
la Quatrième vérité, qui stipule l'existence d'une voie menant
au nirvana, est étroitement liée au principe de l'absence de
soi, car toutes les pratiques bouddhistes visent essentiellement
la réalisation de ce «non-soi». C'est en effet cette réalisation
qui permet d'éliminer les états mentaux négatifs sources de
souffrance.
Les six perfections et les quatre moyens
Les Quatre Axiomes et les Quatre Nobles Vérités offrent un aperçu
concis de la pensée et de la pratique bouddhistes, mais il nous
reste à présenter un élément qui leur est tout à fait crucial:
la grande compassion. Si l'amour du prochain et la compassion
ont joué un rôle prépondérant dans la pratique bouddhiste depuis
les origines de cette religion, c'est dans la tradition du mahayana
(«Grand véhicule») que la compassion prend toute son envergure.
Tous les bouddhistes épousent certes les doctrines citées ci-dessus,
mais encore faut-il préciser la finalité réelle de la pratique.
Dans quelle mesure le pratiquant cherche-t-il à faire cesser
la souffrance d'autrui en même temps que la sienne ? Pour les
adeptes du mahayana, dont Sa Sainteté le Dalaï-lama, le but
de la pratique n'est pas simplement de mettre un terme à sa
propre souffrance et d'obtenir un bonheur personnel, c'est de
faire cesser la souffrance de tous les êtres et de leur assurer
un bonheur durable. Seul un être totalement éveillé peut espérer
atteindre un tel but. Pour cela, l’adepte du mahayana s’efforce
d’atteindre le parfait éveil (bodhi) de la bouddhéité. Dans
leur forme la plus concise, les pratiques du mahayana se composent
de six perfections orientées vers le développement de l’individu,
et de quatre moyens visant à faire s’épanouir l’esprit d’autrui.
La générosité, l’éthique, la patience, l’effort enthousiaste,
la concentration et la sagesse sont les six perfections. Les
quatre moyens sont: donner ce dont les autres ont un besoin
urgent, user de paroles bienveillantes en toutes circonstances,
offrir des conseils éthiques à autrui et être un exemple vivant
de ces principes.
Extraits de “Philosophie du bouddhisme tibétain” de Geshe Thupten
Jinpa
Claudine
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