Bien-aimés de Dieu, je désire vous parler ce soir du Message
Soufi et de son oeuvre dans le monde.
Tout d’abord, les gens se demandent si c'est une mission qui
vient d'Orient. Je vous dirai qu'elle ne vient ni d'Orient,
ni d'Occident : elle vient de Là Haut. C'est pour l'œuvre de
Dieu et pour le service de l'humanité que les gens de l'Est
et de l'Ouest, du Nord et du Sud se sont unis dans cette tâche
sacrée. Le nom Soufi est aussi bien oriental qu'occidental ;
il vient du mot grec Sophia ; en Perse on dit Sufia, ainsi le
mot est aussi acceptable en Orient qu'en Occident.
Ce n'est pas le nom d'une certaine secte ou d'une certaine religion,
mais bien le nom de l'essence de toutes les religions. Sans
doute très souvent les gens confondent le mot sagesse avec le
mot intelligence, mais en fait la sagesse est quelque chose
qui jaillit du cœur de l'homme. La source de la sagesse est
Dieu Lui-même, tandis que l'intellectualité est une connaissance
acquise ici-bas, la connaissance des noms et des formes ; l'habileté
de ce monde ne peut être comparée à la sagesse. Beaucoup de
gens sont habiles, mais sont-ils sages? Leur sagesse dure quelques
moments ou quelques jours et n'aboutit à rien. Tout succès acquis
par l'habileté d'ici-bas est limité, et quand la limite est
passée il prend fin. La vraie sagesse est la divine essence
cachée profondément dans le cœur de l'homme ; quelques-uns la
cherchent consciemment, d'autres inconsciemment. Sofia ou Soufisme
est le nom de la véritable sagesse, qui jaillit comme une source
divine du cœur de l'homme. Ceux qui, à travers les âges, ont
réalisé cette source divine, qui est l'héritage de chaque âme,
l'ont appelé Sophia ou Sagesse. On lui a également donné d'autres
noms tels que Vedanta, Bible ou Écriture, mais la sagesse sous
toutes ses formes et quelle que soit l'époque à laquelle elle
a été donnée au monde, est en fait le Soufisme.
Le nom fut adopté, sans aucun doute, pour distinguer des institutions
où des étudiants se consacraient à l'étude des métaphysiques
et du culte intérieur, à la contemplation de Dieu et aux oeuvres
de charité. Les gens qui appartenaient à ces institutions furent
les premiers, à n'importe quel moment et dans n'importe quel
pays où le Divin Messager vint, à sympathiser avec Lui et à
Le comprendre. Leurs cœurs étaient assez grands pour recevoir
le nouveau Message et ils furent les fermes soutiens de tous
les Messagers. Si nous étudions les traditions des guerres de
religion, nous trouvons que partout, et à chaque période, il
y a eu toujours opposition au message qui fut donné aux hommes
comme une inspiration, les hommes se battant entre eux en disant
: "Notre Dieu est différent du vôtre; notre église est différente,
le Messager pour qui vous avez de l'estime est différent." Jamais,
pour les Soufis, ces différences n'ont existé ; ils s'opposaient
seulement et luttaient contre ce qui divisait l'humanité en
tant de sectes et de croyances, contre les nations qui se battaient
au lieu de s'harmoniser et de se comprendre à l'aide de la religion.
Aucun prophète, aucun Messager n'a jamais porté le message au
monde avec l'idée que ses partisans fussent exclusifs, qu'ils
pussent regarder les partisans et les disciples des autres croyances
avec haine et mépris ou qu'ils pussent dire que le leur était
le seul vrai message. Combien de guerres et de batailles dans
l'histoire du monde ont été causées par des différences religieuses
? Cependant cela n'était pas le désir de Dieu, ni le mobile
des prophètes et de la religion; c'était l'abus de la religion
causé par les autorités religieuses, en vue de leur propre pouvoir
et pour exercer leur empire sur les pratiquants de cette foi.
Quand on remonte d'un bout à l'autre l'histoire des prophètes
Hébreux, on trouve que le Soufisme existait au temps d'Abraham,
qui répondait à l'appel de Dieu, et lorsque après son initiation
il revint d'Égypte, ce furent les Soufis qui se rassemblèrent
autour de lui et qui formèrent une association de sages. De
même, les Soufis, furent les premiers, à la venue de Jésus et
de Muhammad, a reconnaître le Divin Message, à faire bon accueil
au Messager, à sympathiser avec lui et à le comprendre. La sympathie
des Soufis fut grande, car ils savaient combien il était difficile
pour un être humain plein de bonté de vivre dans ce monde si
faux et ainsi ils réalisaient combien plus grande était la difficulté
pour ceux qui portaient le Message de la Vérité. Après la mort
du prophète Muhammad on trouve l'existence des Soufis, qui avaient
leurs institutions dans toutes les parties civilisées de l'Orient
- dans l'Inde, en Chine, en Perse, en Arabie et en Égypte. Autrement,
comment les Hindous et les Musulmans auraient-ils pu vivre côte
à côte avec leurs religions différentes, si ce n'avait été à
cause de la lumière de la sagesse Soufi qui leur apprenait à
se respecter mutuellement ? Partout en Orient où la paix existe
parmi les pratiquants de croyances diverses, elle est due aux
efforts des Soufis qui vivent dans la contemplation de la vérité
et dans la réalisation de la source et du but de tous les êtres
que nous appelons Dieu.
Lorsque nous considérons la condition du monde actuel, nous
trouvons qu'elle n'est pas très différente de celle des temps
passés ; la haine, les préjugés, l'amertume existent encore
entre les races et les nations entre les partisans de croyances
diverses. Tous les efforts faits vers des réformes sociales,
commerciales ou politiques ont leur limite ; ils ont leur côté
personnel, mais il ne peut pas y avoir des moyens plus grands
que la réalisation de la vérité, dans laquelle tous les êtres
humains peuvent s'unir. C'est cette idée qui a poussé ceux qui
s'intéressent au service de Dieu et de l'humanité a former un
noyau de fraternité composé de membres de différentes croyances
et de différentes nations. Ils ont leur propre religion, leurs
propres églises, leurs propres écritures, le Maître qu'ils estiment
et à qui ils offrent leur dévotion. Le Message Soufi ne leur
demande pas de changer leur religion, il les aide plutôt à mieux
la comprendre. Il leur apprend que la religion ne doit pas être
confinée dans une seule croyance, et que la tolérance, l'amour
et la sympathie doivent être développés non seulement dans la
religion, mais aussi dans les différents aspects de la vie.
C'est là le principal enseignement que le Message Soufi apporte
au monde ; cela, et la réalisation de Dieu, non seulement par
la croyance, mais aussi par la connaissance : la connaissance
de Dieu qui est l'accomplissement de notre vie dans ce monde.
La croyance seule ne donne pas aux âmes la pleine satisfaction
qu'elles désirent vivement. Souvent de grands croyants en Dieu,
après quelque contrariété ou quelque peine profonde, après quelque
crise dans leur vie lorsqu'ils sentent qu'ils ont été laissés
seuls, sans aucun égard, perdent leur foi ; par exemple combien
de croyants ont perdu leur foi après une guerre parce que croire
seulement en Dieu n'est pas suffisant. La connaissance de Dieu
est nécessaire et ne peut être acquise par l'étude, mais uniquement
par une certaine méthode appelée culte intérieur.
Ecrits de Pir-o-Murshid Hazrat Inayat Khan
Reproduit avec l'aimable autorisation de : Aimé Deselles
http://www.soufi-inayat-khan.org/
Claudine
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