Lorsque ce n’est pas l’avidité
de l’argent qui pousse les êtres à se déchirer, ce sont ses
valets qui se nomment « économie » et « politique ». Argent,
économie et politique, trois termes qui exhalent trop souvent
des odeurs sataniques... Trois inventions humaines qui séparent
les êtres en deux catégories imperméables : avoir ou ne pas
avoir de papiers... Billets de banque, carte du parti ou permis
de séjour... Un univers de facilité et d’illusion pour ceux
qui les possèdent ; un monde d’exclusion et de souffrances pour
ceux qui ne les ont pas en poche.
Ces petits papiers « passent et repassent », comme dit la chanson.
Mais la Loi d’Amour, elle, ne passe pas parce qu’elle n’est
pas seulement inscrite dans un livre, fut-il sacré, mais parce
qu’elle est écrite dans le coeur de l’homme depuis l’origine.
Elle lui donne son sens, le bon sens qui permet de bâtir une
existence sur des principes simples : personne n’est un étranger
pour celui qui aime son prochain.
La fraternité se joue des frontières. Elle ouvre ses bras à
tous les êtres. Suivre le Christ, c’est se sentir uni à tous
ses frères humains, même à ceux qui sont opposés à l’Amour.
Ce n’est donc certainement pas considérer l’autre selon qu’il
détient ou non ces fameux papiers. L’Amour est souvent clandestin
en ce monde, tout comme l’immigration ! Tous deux traduisent
la recherche d’un mieux être, la porte ouverte sur le changement.
Ainsi, appliquer la Parole de Jésus conduit à redonner du sens
à des notions dévoyées. La politique est bien la vie dans la
cité, mais dans la Cité de Dieu dont les membres sont frères
et soeurs. Cette assemblée est gérée par l’Economie Divine :
l’harmonie qui invite les êtres à combler leurs besoins en s’entraidant
et non à s’enfermer pour jouir seul de son trésor. Une harmonie
qui incite à échanger, à se changer... à s’engager !
C’est dans l’engagement, lorsque les conditions sont difficiles,
que l’on peut le plus se rapprocher de Dieu. C’est à ce moment
qu’il est bon de faire le choix de l’Amour malgré tout : ce
choix qui conduit à considérer les autres individuellement,
à les traiter à égalité en s’intéressant à ce qu’ils sont vraiment
et non à les ranger dans des catégories établies par des lois
inhumaines.
Telle personne demande la protection de la France, telle autre
fuit la famine ou la guerre dans son pays... Celui-ci veut poursuivre
ses études en paix... Cet autre encore veut rendre visite à
sa famille, à ses amis... Tous, ils sont nos frères et soeurs
; tous, ils ont un besoin différent, particulier, qui révèle
l’unicité de leur existence, de leur être, et qui constitue
une source d’enrichissement potentiel.
L’habitude et les conditionnements cherchent à nous rendre toutes
ces personnes désagréables, responsables de nos maux : insécurité,
chômage, travail illégal, criminalité... De petits mots qui
voudraient nous faire oublier ces grands principes que sont
l’égalité, la justice, les droits de l’homme, la fraternité.
A l’heure où quelques-uns vont édicter des lois sur ces questions,
il importe de redécouvrir ces vérités vivantes qui nous parlent
de l’existence quotidienne d’un grand nombre d’êtres humains.
Lequel d’entre nous a rencontré la politique ? Lequel d’entre
nous a serré la main à l’économie ? Personne ! Nous ne connaissons
que des individus avec leurs soucis, leur joies ; des hommes
et des femmes qui tous manifestent le Christ, chacun à leur
manière. A travers eux, à travers leurs souffrances, nous sommes
solidaires de Jésus lorsqu’Il portait sa croix.
« Pour le chrétien, le migrant n’est pas simplement un individu
à respecter selon des normes fixées par la loi, mais une personne
dont la présence l’interpelle et dont les besoins deviennent
un engagement dont il est responsable. » Oui, comme l’indique
Jean-Paul II, je suis responsable de mon frère. Comme je l’accueille
ici-bas, je reçois Jésus en mon coeur, mon coeur qui, sans Lui,
dépérit, emprisonné dans une cage de papiers. Mon coeur, lui,
est un oiseau... Naturellement migrateur.
Geoffroi
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