Avec
l’exécution de Karla Faye Tucker ressort le
débat honteux de la peine de mort. Certains parlent,
autour de ce douloureux événement, de sanction
légitime, d’exemplarité de la peine, de
réparation de l’atteinte faite à la
société... L’absurde se conjugue avec
l’irrationnel et le débordement des
émotions. On cherche même des points de
repères dans quelques catéchismes
douteux...
Mais les voix obscures qui cherchent à accroître le champ d’action
de la violence et de la négativité
ne peuvent que se taire devant l’exemple de Jésus : celui qui
aime se donne, même si cela doit lui coûter la vie. A tous ceux
qui prônent la peine de mort et tentent d’utiliser son nom,
Jésus crucifié répond donc : “je ne vous connais pas”.
Elle est grande la folie humaine qui voudrait accoler le nom
de Dieu-Amour avec celui du crime perpétré au
niveau de l’état. Oui, il s’agit bien
d’un crime, d’un acte profondément
négatif et injustifiable. Un acte plus grave que le
geste criminel qu’il est censé compenser. Un
crime prémédité qui traduit la
volonté d’une communauté de
répondre à la violence par une même
inhumanité.
Une collectivité qui affiche ce principe ne saurait
porter le nom de “société”. Pourquoi
? Parce que société signifie organisation
alors que mise à mort implique irrationalité
et chaos. En effet, pour qu’un groupe d’individus
puisse perdurer en ce monde, il lui faut bâtir un
édifice solide essentiellement fondé sur
la
fraternité
entre ses membres. Lorsqu’un individu commet un acte
criminel, il crée une déchirure dans ce tissu
fraternel et instaure la dysharmonie autour de lui : un vide
d’Amour qu’il importe de combler au plus vite.
Mais lorsque c’est l’ensemble d’un groupe
d’hommes et de femmes qui agit ou cautionne un acte de
mort, c’est toute la collectivité qui en porte
les conséquences, acceptant que la gangrène de
la violence s’infiltre en son sein jusqu’à
le pourrir.
S’il est pourtant un principe qu’il faut porter au
sommet des institutions pour qu’il
bénéficie à tous, c’est bien le
principe du pardon. Le pardon est par essence le garant de
la permanence d’une société. C’est
précisément au plus haut niveau, dans ses
instances de décision, qu’une communauté
doit l’adopter. Car la maîtrise des
émotions et le sens de l’intérêt
général doivent y régner plus
qu’ailleurs.
Il est compréhensible que les personnes ayant subi un
acte injuste soient les moins portées au pardon.
C’est donc dans de telles circonstances que
l’efficacité du groupe peut le mieux
s’éprouver en exprimant la fraternité
plus facilement que l’individu isolé et
bafoué. La collectivité permettra ainsi
à la victime, en l’invitant à cet acte
créateur, de sortir de son douloureux statut, de
reconstruire son identité.
Il appartient à une société qui se veut
civilisée de conserver intactes les valeurs les plus
hautes lorsque l’individu faiblit. Et ses valeurs sont
en premier lieu le respect de la Vie de ses membres. Enoncer
l’Amour de la Vie, c’est garantir la
liberté à l’autre
c’est-à-dire, notamment, lui offrir la
possibilité de se transformer.
Pardonner, au niveau d’une société,
consiste donc à donner à l’individu,
inlassablement, une occasion de croire en lui-même,
moteur de toute prise de conscience et de tout changement.
Car c’est bien cela le pardon : accorder sa confiance
à l’autre malgré tout en
considérant sa personne au-delà de ses actes
d’un instant.
La peine de mort, sanction ultime qui signale à un
être qu’on lui refuse toute possibilité
d’évoluer, est le signe qui trahit les
sociétés exsangues, inaptes à proposer
un avenir à leurs enfants, un idéal de vie.
Une société qui pratique
l’exécution capitale a entamé depuis
longtemps le processus de son autodestruction. Les crises
à répétition qui secouent nos
sociétés modernes doivent nous alerter.
Il est encore temps de réinjecter de la
fraternité dans le corps social. Il est vital que le
plus grand nombre d’êtres soit, auprès de
leurs frères et soeurs, le témoin du pardon
à l’image de Jésus : le simple don
d’Amour qui n’attend pas de récompense.
Geoffroi
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