| Amour
du profit ou Amour du Prochain ? |
«
Very
happy » répondit Jiang Zemin au journaliste qui
lui demandait un commentaire sur son séjour aux
Etats-Unis. Très heureux, le président chinois
pouvait l'être, tant le succès de son voyage
était inespéré. Une fois de plus, le
dirigeant d'un pays totalitaire pouvait rentrer chez lui la
tête haute sans avoir cédé un pouce de
terrain sur la question des droits de l'homme. Le profit
avait encore eu la priorité. En 1996, la France, elle
aussi, s'était opposée à une
résolution de l'ONU visant à intimider la
Chine sur la question humanitaire : un contrat important
était sur le point d'être signé avec
Airbus Industrie...
Pendant ce temps, en Chine, 1/5 ème de
l'humanité vit sous le joug des arrestations
arbitraires, des exécutions sans jugement, des camps
de rééducation, sans parler, bien entendu, de
l'interdiction de s'exprimer librement ou de pratiquer sa
religion... La situation n'a jamais été aussi
grave pour plus d'un milliard de nos frères et
soeurs. Comment, dans ces conditions, ne pas se demander
s'il est encore souhaitable de traiter sans condition avec
un gouvernement qui opprime son peuple tout en utilisant les
représailles commerciales pour faire taire les
critiques venant de l'étranger ? L'argument principal
des partisans de la liberté absolue de commercer est
toujours le même : faire des échanges avec
la Chine à un haut niveau, c'est procurer des emplois
aux travailleurs de notre pays. Le rêve de la
création massive d'emplois face à la
réalité des exécutions massives...
Peut-on, du point de vue spirituel, cautionner de quelque
manière que ce soit un régime dictatorial ?
L'Amour du prochain peut-il être rangé au
placard lorsque l'on fait du commerce avec l'étranger
? Non. Il est préférable que les pays riches
ralentissent leur développement plutôt que de
censurer leur conscience. La vie ne se résume pas
à la préoccupation de l'emploi. Une
société n'assure pas sa
pérennité par sa seule croissance
économique ! Il y a cependant des raisons de garder
espoir. Grâce à l'action des ONG, les
multinationales sont incitées à
élaborer un code de conduite lorsqu'elles traitent
des contrats au niveau international : elles sont
poussées, par exemple, à se renseigner sur le
respect des droits de travailleurs, sur leur liberté
syndicale...
Bien entendu, une certaine hypocrisie règne dans ce
système, mais il est certain que le consommateur fera
de plus en plus confiance aux entreprises qui prendront en
compte le respect de l'être humain dans leurs
affaires. Toutefois, cela ne saurait remplacer une action au
niveau des états et, spécialement, au niveau
des pays les plus industrialisés. Seule une
stratégie de cette ampleur pourra contraindre un
gouvernement totalitaire à se soucier des droits
fondamentaux des personnes. C'est la moindre des choses que
l'Organisation Mondiale du Commerce se dote d'une clause
concernant les droits de l'homme et s'impose de
sérieux contrôles avant d'accepter en son sein
un pays comme la Chine. Les moyens ne manquent pas pour
faire pression sur de tels gouvernements à condition
d'adopter une politique qui donne la priorité aux
droits de l'homme face aux considérations
mercantiles. Mais pour qu'un gouvernement comme le
nôtre se risque à élever la voix, encore
faut-il que son opinion publique soit
déterminée, sans quoi il deviendrait
immédiatement impopulaire.
Depuis 20 ans, le souci des droits
de l'homme a pris
une certaine ampleur et permet de penser que ce sujet
deviendra rapidement aussi crucial que l'écologie.
Quelle n'est pas aujourd'hui la multinationale qui ne se
flatte de protéger l'environnement ? Ce sera
bientôt le tour de la protection des droits
fondamentaux de l'être humain. Pour
accélérer l'avènement de ce «
petit bout du Royaume », chacun d'entre nous a un
rôle à jouer. Les organisations humanitaires
sont légion et il s'y trouve un esprit que le Christ
ne peut qu'approuver : le souci du prochain. Certes, l'Amour
n'y règne pas encore en maître mais les actes
sont bien là.
Et pour Jésus-Christ, seuls comptent les actes !
Geoffroi
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