Il
y a environ un mois, au Brésil,
l’archevêque de Sao Paulo condamnait le
père Paitoni, un prêtre qui consacre sa vie aux
malades du SIDA, pour ses prises de position en faveur du
préservatif. On sait que l’Eglise y est
farouchement opposée au point qu’elle
préfère laisser mourir les millions de jeunes
qui, en Afrique, ne parviennent pas à se
résoudre à la fidélité ou
à la chasteté...
Et puis, il y a le chef spirituel du parti ultra-orthodoxe
juif, le Shass, qui s’est permis de déclarer que
les six millions de juifs exterminés par les nazis
étaient des âmes de pécheurs
réincarnés pour expier leurs fautes. Une
façon pour ce célèbre rabbin, connu
pour ses incitations à la haine, de donner raison aux
extrémistes d’aujourd’hui, faisant
d’individus barbares les instruments de la justice
divine...
Il y a enfin, en Iran, le tout-puissant Ali Khamenei et sa
clique d’intégristes qui, au nom de
l’Islam, étranglent la presse
indépendante pour éviter les réformes
qui risqueraient de nuire à leur autorité.
Christianisme, judaïsme, islam : les crimes commis au
nom des religions du Livre ne se comptent plus ! Bien
sûr, on pourrait invoquer, à leur
décharge, que les hommes ivres de domination qui les
représentent, profitent de l’autorité que
confère justement la religion pour accomplir leurs
forfaits... Mais cela ne serait qu’une partie de la
vérité ! Le drame des religions de notre
époque provient de leur dualisme forcené :
à force de vouloir faire respecter le nom de Dieu -
et assurer ainsi leur propre autorité - elles ont
établi une barrière si rigide entre Lui et les
hommes que ces derniers ont fini par être
traités comme quantité négligeable. Les
vérités premières sont toujours simples
: si l’humanité est dans cet état
aujourd’hui, c’est parce que l’enfermement
est devenu la loi universelle. Au lieu de diviniser la
tolérance, la compassion, l’ouverture,
l’illimitation, ce sont les barrières, les
frontières, les limites qui sont adorées et
considérées comme sacrées. Ainsi, ce
qui est enfermement se voit appelé
« souveraineté », ce qui est
destruction reçoit le nom de
« sainteté » : on se referme
sur sa culture, ses traditions ; on s’attache
exclusivement à ses rituels, ses dogmes... On
s’étouffe ! Et cette extinction serait
respectable au nom du libre arbitre si elle ne
menaçait pas les autres d’un semblable
anéantissement. Mais ceux qui étouffent
cherchent toujours à en attirer d’autres dans
leur misère afin de trouver une
légitimité à leur égarement.
Pourtant, des êtres sont parvenus à Dieu par
l’intermédiaire de ces religions. Plus encore,
ils ont abouti à l’homme : à le
comprendre, à le servir, à l’aimer. Signe
que ces institutions peuvent contribuer à rapprocher
le Père et ses enfants, si elles ne débordent
pas de leur rôle c’est-à-dire si elles ne
se dressent pas, telle une muraille, entre l’Amant et
l’Aimée. Ces êtres parvenus à Dieu,
ces « réalisés », ont en
commun un même Amour pour la Vie, une même
passion pour la Fraternité, un même esprit
d’Ouverture. Souvent, leur curiosité de
l’autre leur a valu d’être rejetés
par leur communauté qui les a ensuite
récupérés habilement en son sein pour
en atténuer l’influence. Aujourd’hui, alors
que la communication occupe une place majeure dans nos
sociétés, il est plus facile de
reconnaître la valeur universelle de leur
message : au-delà de leur contexte historique,
les expériences exemplaires vécues par les
mystiques, quelle qu’ait été leur
appartenance religieuse, nous indiquent qu’il
n’existe pas un unique chemin pour accéder
à l’ultime libération mais une multitude.
Plus encore, il semble bien qu’il existe autant de
chemins qu’il y a d’âmes parce que
l’expérience de la communication avec Dieu -
avec l’Autre - est essentiellement unique.
Notre époque pionnière dans le monde des
nouvelles technologies de l’information recèle
une métaphore plaisante pour comprendre à quel
point les systèmes religieux abusent de notre
confiance : il s’agit de l’Internet. Les
religions y jouent le rôle de fournisseurs
d’accès plus ou moins honnêtes, plus ou
moins sophistiqués. Selon ses capacités, on
parvient à en tirer un certain service : si nous
sommes versés en informatique, nous arrivons alors
à communiquer activement avec nos semblables. Mais
souvent, ces fournisseurs d’accès nous imposent
des passerelles qui nous limitent, des coûts
rédhibitoires lorsqu’ils ne leur arrivent pas de
nous couper, purement et simplement. Le contrat qui nous lie
à eux est si draconien que, parfois, nous ne pouvons
aller voir ailleurs et devons continuer à les
utiliser en payant le prix fort. Et puis vient le jour du
contact direct, jour béni où l’on est
parvenu à construire son propre accès :
les mesquineries de nos anciens maîtres nous font
alors bien rire ! Plus loin encore, nous devenons
capables de mettre en place notre propre serveur et de
partager ainsi ce que nous savons, ce que nous sommes.
Conscients de la valeur du système dans lequel nous
vivons et de sa fragilité, notre objectif est alors
de le consolider, de le renforcer et de le réformer
afin de permettre à chacun de connaître une
même liberté. Accepterions-nous alors que des
fournisseurs d’accès peu scrupuleux tiennent
l’Internet en otage ainsi que ses utilisateurs ?
Non, bien sûr !
Et c’est dans un esprit identique que de plus en plus
d’êtres humains refusent de se plier aux
règles que des systèmes religieux
irrespectueux de l’homme tentent de maintenir ;
aujourd’hui, les âmes veulent circuler
librement : elles veulent pouvoir adhérer
à l’Islam en lisant Hallaj et Rûmi ;
elles veulent admirer le bouddhisme en écoutant le
Dalaï Lama ; elles veulent apprendre à
connaître les Bahaïs et la Kabbale ; elles
veulent interpréter l’Evangile selon leur
cœur et puiser ce qui leur convient dans le New Age ou
la pensée athée... Il y a du bon partout pour
l’être humain. Mieux, ce qui est bon pour lui,
c’est de pouvoir aller partout et de participer un peu
à tout, seule manière d’être
intégralement soi-même c’est-à-dire
tels que Dieu nous aime ou, si l’on
préfère, tels que la Vie nous
désire : libres. En ces temps de grande
sécheresse spirituelle, il devient vital de revenir
aux sources éternelles de l’Amour et de la
Liberté.
Geoffroi
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