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Privations


En mai 1990, lors d’élections législatives, le peuple birman s’est prononcé majoritairement en faveur de la Ligue Nationale pour la Démocratie dirigée par le Prix Nobel de la Paix, Aung San Suu Kyi. La junte militaire, comprenant alors que ses jours étaient comptés, opta définitivement pour la répression et le crime afin de se maintenir au pouvoir. Depuis dix ans, la population de la Birmanie vit ainsi sous le joug d’un régime honni, condamné par la communauté internationale.

L’on pourrait citer plusieurs dizaines de nations où des millions d’hommes et de femmes connaissent une misère identique entretenue par quelques tyrans et les milliers d’injustes qui les vénèrent. Que dire de l’Ethiopie et de l’Erythrée dont les gouvernements dépensent des millions de dollars en armement tandis que les habitants souffrent de la sécheresse, du manque de soin et comptent parmi les plus démunis de la planète ? Que dire aux sierra-léonais mutilés par leurs compatriotes comme l’on fauche le blé et aux afghanes tombées aux mains des Talibans dont le seul nom évoque l’horreur ? Tant de souffrances, tant de privations : de pain, de soins, d’éducation, de liberté, d’Amour...

Ces souffrances ne laissent pas indifférents nos semblables qui, après avoir remisé leur culpabilité et leurs émotions, prennent conscience de leur responsabilité pour que règne davantage d’harmonie en ce monde. Et c’est avec confiance et détermination qu’ils s’adressent à leurs représentants politiques afin qu’ils usent de leur influence pour faire reculer les dictateurs et réfléchir ceux qui les soutiennent. Mais qu’en est-il du résultat ? Nos gouvernements ont-ils cessé de s’enrichir du commerce des armes, ont-ils stoppé leur exploitation des richesses des pays pauvres, ont-ils veillé à ce que les droits humains soient respectés partout sur la planète ? Nos politiciens nous ont-ils consulté quand il fallait exclure la Russie du Conseil de l’Europe, quand il était question de bombarder la Serbie ou quand les est-timorais réclamaient notre aide ? La liste de nos privations est, elle aussi, bien longue : nourrir, soigner, éduquer nos frères et sœurs dans le besoin, rendre sa liberté à celui que l’on étouffe ne sont pas choses aisées ; aimer, tout simplement, notre prochain ne nous est pas permis !

Aujourd’hui, face à l’extrême misère des peuples, les hommes de bonne volonté, croyants ou non, les défenseurs des droits humains que nous sommes tous, devons prendre conscience du lien direct qui existe entre la crise morale et spirituelle qui frappe notre civilisation et la misère dans laquelle sont plongés des centaines de millions d’êtres humains. Parce que nous sommes naturellement portés à partager ce que nous possédons, à combler celui qui manque et à élever celui qui est plus bas que nous, tout obstacle à cette entreprise fraternelle constitue une atteinte à l’humanité, une limite insupportable à notre nature.

« Les êtres humains sont les divers organes d’un seul corps », disait Mohammad Khatami, président de la République Islamique d’Iran, citant le Prophète devant l’assemblée générale des Nations Unies. Il plaidait alors pour le dialogue entre les civilisations afin que la violence et la répression cèdent la place à la justice universelle et la compassion. Il n’est pas besoin d’être musulman, chrétien ou croyant pour ressentir cette vérité qui ne relève ni de l’intellect ni de la culture : il suffit de laisser parler sa conscience et de s’ouvrir à l’Autre pour réaliser que nous avons viscéralement besoin de lui, de son bonheur. La raison d’être des sociétés humaines est de se regrouper pour assurer le bien-être de chacun. La mise en commun de leurs richesses et de leur savoir a pour but de garantir le bon fonctionnement de ce corps qu'est l'Humanité. Dès lors qu’un organe - tel, par exemple, un pays - ne remplit plus sa fonction qui est de participer à l’équilibre de l’ensemble, il entame un processus d’autodestruction et gangrène l’organisme qui souffre de dysfonctionnements et de manques... Alors que nos sociétés se rendent incapables de jouer pleinement leur rôle en ce domaine et que nous assistons à l’affrontement permanent des intérêts particuliers, c’est aux humbles atomes que nous sommes qu’il revient de mettre en place des réseaux subtils par lequel le flux fraternel pourra s’écouler. Question de survie.


Geoffroi Contact  




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