Alors
que nous écrivons ces lignes, s’ouvre à
New York, au siège des Nations Unies, la
Conférence d’Examen du Traité de
Non-Prolifération dont l’objectif est la
réduction des arsenaux nucléaires que
possèdent les cinq grandes puissances que sont les
Etats-Unis, la Russie, la Chine, la Grande Bretagne et la
France. Kofi Annan, le secrétaire
général de l’ONU, a entamé les
débats en exprimant son inquiétude à la
suite de plusieurs événements qui, depuis
1995, date à laquelle eut lieu la première
conférence sur le TNP, laissent planer une menace sur
la sécurité du monde en matière de
conflit nucléaire.
En effet, trois pays (l’Inde, le Pakistan et
Israël), dotés « de facto » d’un
armement nucléaire, ont refusé de signer le
Traité de Non-Prolifération. Par ailleurs, les
sénateurs américains se sont opposés
à la ratification du traité CTBT
d’interdiction des essais nucléaires, donnant
ainsi le plus mauvais des exemples au reste du monde. Pire,
les Etats-Unis souhaitent renégocier avec la Russie
le traité ABM afin d’être autorisés
à construire leur propre système national de
défense antimissiles. Les russes ont donc mis un
point d’honneur à manifester leur
mécontentement en s’octroyant le droit
d’utiliser en premier l’arme nucléaire en
cas d’attaque ennemie, même conventionnelle.
Enfin, les nations « nucléarisées »
n’ont en rien renoncé à perfectionner
leur arsenal : la France, par exemple, envisage la
fabrication de nouvelles têtes nucléaires pour
ses missiles et investit dans la recherche pour
intégrer le laser à l’allumage de la
fusion de l’hydrogène...
Autrement dit, les grandes puissances de ce monde, au lieu
d’œuvrer à la paix mondiale et à la
réduction de la pauvreté, continuent de
dépenser des milliards de dollars pour
réaliser les armes les plus terrifiantes jamais
sorties de l’imagination humaine. Non contentes
d’avoir causé des dommages à notre
planète du fait de cinquante années
d’essais nucléaires et d’avoir ainsi
souillé des territoires sans consulter ses habitants,
ces nations mettent aujourd’hui en danger la
sécurité du monde. Cessons donc de nous
leurrer : nos belles nations libres n’ont pas grand
chose de démocratique puisque la population ne peut
se prononcer sur les sujets vitaux dont dépend
l’avenir de ses enfants. La question de l’armement
nucléaire constitue, évidemment, un exemple
majeur illustrant le peu de pouvoir dont disposent les
individus pour peser sur les décisions de leurs
gouvernements pris au piège de leur incurie et des
pressions des lobbies internationaux. Nous pourrions citer
beaucoup d’autres exemples qui démontrent
à quel point l’avis du simple citoyen est sans
valeur. Il suffit d’ouvrir des dossiers comme la dette
du Tiers-Monde, l’affaire Pinochet, la famine en
Afrique, le sommet de Seattle ou les rapports avec la Russie
de Poutine pour se rendre compte que notre avis
n’intéresse pas nos dirigeants. Pourtant,
lorsque leur inconscience nous aura entraîné
dans quelques conflits, notre sort sera-t-il
différent de celui des serbes, des kosovars ou des
tchétchènes ?
Nous qui faisons partie des « grandes puissances »
de la terre, pouvons-nous encore être fiers de notre
culture, de nos institutions ? Ceux qui ont donné
leur vie pour que naisse une conscience plus fraternelle se
sentiraient-ils à l’aise dans nos
sociétés ? Nous avons élaboré
des concepts prétentieux qui se vident de leur sens
dès que nous voulons les mettre en pratique : nous
inventons des démocraties où le peuple
n’est pas consulté ; nous bâtissons une
communauté internationale qui ne partage rien
d’autre que des profits ; nous parlons de
liberté tout en adoptant des comportements
irresponsables ; nous invoquons la fraternité sans en
comprendre les fondements ! Nous ignorons tout de
l’Amour de l’Autre parce que nous ne savons nous
réjouir que de notre propre bonheur !
Heureusement, ce « nous » englobe aussi tous ces
êtres de bonne volonté qui
s’ingénient à faire du bien à
leurs semblables et rendent ainsi plus douce la vie de
chacun d’entre nous. Ce sont eux les créateurs
de Vie ; ce sont eux qui forment les grandes puissances de
la terre et non les multinationales ni les arsenaux
nucléaires. Une grande puissance se mesure en effet
à sa capacité à créer de la
Fraternité en son sein et autour d’elle : une
nation qui cultive son potentiel de destruction est, elle,
profondément impuissante.
Geoffroi
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