fraternet.com



La dette du Tiers-Monde


Dernièrement, les événements dramatiques ayant eu lieu au Mozambique ont remis sur le devant de la scène la question de la dette des pays du Tiers-Monde. Un sommet réunissant plusieurs pays africains s’est en effet prononcé pour l’annulation de la dette de ce pays ruiné sur le plan économique par les inondations des dernières semaines. Mais pour le moment, les pays riches n’ont pas encore pris de décision concernant l’avenir du Mozambique. Et l’on peut se demander si le sort de ces deux millions de personnes déplacées parviendra à ébranler la rigidité financière des nations privilégiées...

Nous sommes malheureusement en droit d’en douter si l’on en juge par les résultats obtenus par l’une des campagnes internationales de sensibilisation les plus importantes de l’histoire des droits de l’homme : la campagne Jubilé 2000 qui réclamait l’annulation de la dette des pays les plus pauvres. Concrètement, il était demandé aux pays membres du G7 d’effacer totalement la dette de 50 pays très pauvres et de supprimer les plans d’ajustement structurels (PAS) qui, sous prétexte d’assainir l’économie d’un pays endetté, conduisent à une réduction des dépenses sociales. Or, lors du sommet du mois d’août 1999 à Cologne, le G7 répondit aux 17 millions de signataires de la pétition « Jubilé 2000 » par un ensemble d’initiatives ne répondant en rien aux demandes légitimes des pays du sud. En effet, le plan d’allégement du G7 ne prévoit la suppression que de 8 % de la dette des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) ce qui représente seulement 2 % de la dette totale du Tiers-Monde. De plus, les PAS sont maintenus comme condition indispensable imposée aux nations très défavorisées pour espérer pouvoir bénéficier de cette réduction de leur dette extérieure.

Ces mesures sont d’autant plus inacceptables que les revendications de Jubilé 2000 étaient largement inférieures à celles contenues dans d’autres plates-formes émanant de pays du sud réclamant une annulation générale de la dette de tous les pays. Bien entendu, la perspective morale de cette campagne a été totalement ignorée par les décideurs alors même qu’ils puisent depuis des décennies dans les richesses des pays pauvres et que la dette a, en réalité, été remboursée plusieurs fois. En outre, comme certaines nations endettées l’ont été par des régimes sanguinaires utilisant l’argent à des fins de renforcement de leur pouvoir, la suppression des sommes honteusement prêtées à ces gouvernements totalitaires relevait de la simple dignité.

A ces évidences s’ajoute le fait que l’annulation de la dette globale du Tiers-Monde est un projet tout à fait réaliste qui n’aurait quasiment aucun effet sur l’économie des pays du nord. Si la dette globale s’élève à un peu plus de 2000 milliards de dollars, cela ne représente que peu de choses pour les pays riches : la dette publique des quinze pays qui composent l’Union Européenne lui est trois fois supérieure.

Aujourd’hui, il importe donc au plus haut point que l’opinion publique continue de se mobiliser en vue d’obtenir l’abandon totale de cette dette scandaleuse et pour que les sommes ainsi disponibles profitent réellement aux populations. Des organisations comme le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde (CADTM) réclament en outre des dédommagements pour les pillages dont les pays du sud furent victimes qui pourraient prendre la forme d’un système de taxation des opérations financières internationales analogue à la taxe Tobin.

A constater la réaction des membres du G7 et des pays réunis au sein du Club de Paris, il est clair que l’adoption de telles mesures ne pourra se faire qu’avec un très large appui de l’opinion publique internationale susceptible de relayer les revendications des pays défavorisés. Au vu des résultats obtenus par la pétition du Jubilé - pourtant signée par un nombre immense de personnes - il apparaît urgent que la défense des droits humains invente de nouvelles méthodes pour alerter les consciences et susciter un authentique élan fraternel. Notre époque nous fournit des moyens de communication tel l’Internet qui permet à des associations humanitaires ou à des individus de faire jeu égal avec des multinationales et des gouvernements sur le plan de la diffusion d’informations. Ce sont ces moyens-là qui peuvent aujourd’hui permettre de faire entendre la voix de la Fraternité à tous ceux qui ne l’ont pas encore entendue et de permettre ainsi aux nations privilégiées de régler l’immense dette morale qu’elles ont contractée auprès des déshérités.


Geoffroi Contact  




Abonnement à l'Info
L'info quotidienne dans
votre boite email (gratuit)


Abonnement à l'Hebdo
Les meilleurs textes
chaque semaine (gratuit)


http://www.fraternet.com - Copyright © 2000 - 2001 Les Chemins D'En Haut - Tous droits réservés.