Depuis
plusieurs semaines, l’équipe de Fraternet
s’intéresse de près au sort du peuple de
Tchétchénie alors même que la
communauté internationale manifeste une
préoccupation très limitée à
l’égard des innombrables violations des droits
humains qui s’y produisent. Aujourd’hui, il
convient donc de faire un bilan général de
cette opération « anti-terroriste »
conduite par l’armée russe et de ses
conséquences spirituelles. Tous les observateurs
auront remarqué que ce qui devait être une
intervention limitée aux preneurs d’otages
wahhabites s’est révélée
être une opération de destruction physique et
morale du peuple tchétchène
c’est-à-dire essentiellement des civils...
Nous ne nous attarderons pas sur les très nombreux
témoignages, tous plus pénibles les uns que
les autres, qui relatent les exécutions sommaires de
vieillards, de femmes et d’enfants, les viols, les
tortures dans les camps de filtration et le cortège
des sévices endurés par une population qui,
bien souvent, ne peut trouver un soulagement à sa
souffrance que dans la mort. Nous choisirons plutôt de
nous intéresser au cas de la communauté
internationale dont la complicité est
avérée dans ce que les organisations
humanitaires considèrent comme un authentique crime
contre l’humanité : nos gouvernants, nos
médias sont, en grande majorité,
extrêmement passifs dans cette affaire. Tout au plus
ont-ils exigé tardivement que les ONG puissent se
rendre en Tchétchénie et qu’une
commission d’enquête soit mise en place qui
détermine les responsabilités dans les crimes
de guerre perpétrés contre la population. Mais
la fermeté qu’imposent de telles
atrocités, en ce début de
vingt-et-unième siècle, est dramatiquement
absente de sorte qu’il est convenu de dire que
l’occident est en train de perdre son âme en
Tchétchénie et que ses valeurs fondatrices en
seront définitivement ruinées si elle persiste
dans sa passivité coupable.
Mais la communauté internationale dépasse le
simple cadre des institutions politiques et de ceux qui les
servent : l’opinion publique internationale, avant
tout, c’est nous ! Ainsi, avec les moyens dont nous
disposons, du papier et du stylo jusqu'au réseau
Internet en passant par les manifestations, nous avons la
possibilité d’exprimer notre
désapprobation. Cependant, ces moyens paraissent
faibles en regard de la gravité de la situation parce
que leurs effets ne sont pas immédiats et que les
motivations de ceux qui les utilisent n’ont pas toutes
la même origine. Quant à nous, nos actions en
faveur de la défense des droits humains prennent leur
source dans la Fraternité : autrement dit,
l’Amour du prochain qui ne peut se comprendre sans
l’Amour de soi lequel se manifeste par la conscience
que ce qui est bénéfique à autrui est
aussi un grand bien pour nous-mêmes.
Plus nous avançons dans cette voie, plus nous
comprenons donc qu’une action spirituelle d’un
nouvel ordre est susceptible de faire changer les choses et
d’éviter à notre monde de connaître
de nouvelles catastrophes humanitaires. Beaucoup de nos
contemporains croient en Dieu et pratiquent une religion :
pourtant, nous n’entendons pas les croyants des
différentes confessions s’élever contre
le génocide tchétchène. Il en est
beaucoup qui prient en leur cœur pour un monde meilleur
et leur souci du prochain ne fait aucun doute mais où
donc sont les actes ? Que faisons-nous de notre pouvoir
créateur ? Où sont les fruits ? La raison de
tout ceci est que nous vivons trop dans un monde mental et
que nos belles idéologies ou notre prétendue
spiritualité ne parviennent pas à se traduire
en actes : « nous l’avons rêvé, nous
l’avons fait », telle est la maxime qui traduit
peut-être le mieux le mal qui nous tenaille, cette
irresponsabilité mâtinée d’une
culpabilité qui nous paralyse et la gloriole que nous
tirons d’avoir un avis sur tout mêlée
à un sentiment d’impuissance devant la
négativité du monde.
Aujourd’hui, l’accumulation
répétée des offenses faites à
l’humanité nous place devant une muraille
qu’il nous faut absolument franchir : il nous est
clairement demandé de nous transformer en vue
d’une existence résolument tournée vers
autrui sans quoi d’autres que nous conduiront ce monde
à sa perte et ne produiront plus que les fruits du
néant.
Geoffroi
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