Dernièrement,
une religieuse britannique, Lavinia Byrne, a
été contrainte de quitter son ordre à
cause des pressions qu’elle subissait de la part de
personnages influents du Vatican. En effet, depuis la
publication d’un ouvrage intitulé « Women
at the Altar », cette diplômée en
théologie était fort mal
considérée par les hautes sphères de
l’Eglise Catholique Romaine. La raison en est que
Lavinia Byrne affiche ouvertement sa position en faveur de
l’ordination des femmes, se basant sur le fait que
l’Eglise, suscitant des vocations parmi elles, ne peut
leur refuser d’annoncer la Parole aux
fidèles.
Ce douloureux fait divers nous invite à nous
intéresser au rôle spirituel
concédé aux femmes à
l’époque actuelle. Au-delà de la question
de l’ordination se pose, bien entendu, le
problème du pouvoir de décision que les
membres masculins de l’Eglise sont les seuls à
détenir. Comment l’Eglise, constituée
avant tout par l’ensemble des chrétiens (et non
par sa seule hiérarchie), pourrait-elle se sentir
valablement représentée par des êtres
qui, non seulement appartiennent à un même
sexe, mais, bien plus, ont fait le vœu de rejeter leur
propre polarité féminine ?
Les arguments employés pour interdire aux femmes
l’accès à la prêtrise et aux autres
instances de décision sont particulièrement
pauvres puisqu’ils se basent sur le fait que
Jésus n’aurait appelé que douze disciples
masculins à ses côtés. Argument qui ne
tient pas face au rôle éminent joué par
les femmes tout au long de l’évangile,
lesquelles se font remarquer par une compréhension de
la Parole souvent supérieure à celle des
disciples eux-mêmes. Ce serait surtout faire
l’impasse sur Marie, dont on oublie la place
singulière qu’elle occupe à la suite de
Jésus : certes, elle fut appelée par Dieu pour
lui donner la Vie mais elle fut aussi le premier être
à connaître dans sa chair la transfiguration
opérée par l’Amour et qui culmine le jour
de l’Assomption.
Autrement dit, personne ne peut plus douter aujourd’hui
que l’Eglise, en voulant rester attachée
à ses traditions, demeure prisonnière du
passé, se bornant à appliquer la lettre aux
dépens de l’Esprit. Cette triste
réalité de notre temps est des plus
déplorables parce qu’elle constitue une entrave
à la promotion des droits des femmes dans le monde
entier : par son organisation même, l’Eglise est
en bien mauvaise posture pour les soutenir puisque,
fondamentalement, elle réserve à la femme un
rôle inférieur à celui de
l’homme.
Bien évidemment, il ne manque pas de bonnes
âmes pour prétendre qu’il n’en est
rien et que la femme a une richesse spirituelle
particulière qui vient compléter celle de
l’homme et lui indique que son rôle est
ailleurs... Mais où ? La femme comme l’homme
possède en elle la Présence Divine et
c’est de là qu’elle tire sa vie spirituelle
qui n’est rien d’autre que de mettre l’Amour
en pratique ! D’où peut donc venir cette
perversion qui consiste à attribuer une
spécificité spirituelle à partir
d’une différenciation sexuelle ?
Elle provient tout simplement du manque d’Amour pour
soi-même qui frappe indifféremment les croyants
et les athées, le clergé et les
fidèles. Dès lors qu’un être refuse
de s’ouvrir à l’Autre, il se limite
lui-même puisqu’il nuit au développement
d’une partie de son être. En effet, par la
Présence Divine, l’Autre vit en nous et
c’est ce prodige qui nous permet de réaliser
l’Union entre des individus apparemment
différents : la complémentarité est
rendue possible par le développement de ce potentiel
présent en nous sous la forme de l’Autre.
Se priver d’un pôle fondamental de son être
et prétendre se rapprocher de Dieu constitue donc la
plus totale des absurdités et la plus sûre
façon de nuire à ceux qui ont le malheur
d’être différents. En privant
l’humanité de la moitié de sa richesse,
l’Eglise porte atteinte à la fraternité.
Elle n’est, en cela, pas plus à blâmer que
la plupart des civilisations qui perpétuent la
discrimination entre hommes et femmes depuis des
millénaires, mais le rôle éminent
qu’elle peut jouer dans l’édification
d’une conscience humaine plus conforme à
l’Amour lui confère une très grave
responsabilité. Ni l’Eglise ni
l’Humanité ne peuvent évoluer vers plus
d’harmonie en continuant ainsi de porter atteinte
à leur pôle féminin, siège par
excellence de la créativité et du
renouveau.
Geoffroi
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