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Le « Mystère » de la Charité


Il y a ces enfants américains que l'on met en prison parce qu'ils ont participé à une bagarre à l'école ou que l'on juge comme s'ils étaient des adultes. Parfois, ceux qui sont coupables d'un crime se retrouvent dans les couloirs de la mort, au Texas ou ailleurs : plus ils s'approchent de leur 18 ans et plus la chaise électrique les recouvre de son ombre. Il y a ces 2000 enfants qui se prostituent dans les rues de Guatemala City parce que leurs parents les brutalisent ou sont trop pauvres pour assurer leur subsistance. Il y a ces enfants pakistanais qui travaillent 14 heures d'affilée, attachés à leur métier à tisser : ils sont les esclaves de patrons qui les battent fréquemment. Et puis il y a aussi les millions de petites filles mutilées sexuellement, les enfants soldats toxicomanes dressés pour tuer, ceux qui fuient la misère et se réfugient en Europe mais que l'on renverra chez eux sans se soucier du sort qui les attend... Bref, des centaines de millions d'enfants qui supportent en permanence la négativité des adultes.

Une folie tellement répandue, tellement organisée que tous les arguments sont bons pour se convaincre qu'il n'y a rien à faire pour eux ! « Devant la violence de la jeunesse que la société ne parvient pas à endiguer, la répression est la seule réponse », diront les uns. « Et si l'on empêche tous ces enfants de travailler, soutiendront les autres, c'est tout un pays dont l'économie sombrera dans le chaos ». « Quant aux mutilations génitales des fillettes, il s'agit d'un fait culturel que les occidentaux ne peuvent comprendre », prétendront d'autres personnes "bien-pensantes". Autrement dit, il y a toujours d'excellentes raisons pour justifier les conditions de vie désastreuses de millions d'enfants sur la terre et préserver ainsi la profondeur de notre sommeil.

Toutefois, pour peu que nous accordions un minimum d'intérêt à leur sort, nous regarderons d'un autre œil les produits que nous achetons, nous parrainerons peut-être un enfant pour qu'il puisse suivre une scolarité, obtenir un emploi décent, ou encore, nous verserons de l'argent à une organisation humanitaire pour lutter contre la malnutrition et permettre aux enfants l’accès aux soins... Mais entre nous et ces enfants, il restera toujours un intermédiaire : un gouvernement, une entreprise, une administration ou une association caritative...

Si ces structures sont évidemment indispensables pour améliorer le sort des enfants, elles ne peuvent ni ne doivent agir indéfiniment à notre place. Nous sommes dotés d'un pouvoir créateur qui s'accommode mal de devoir toujours céder la place à notre compte bancaire. Il y a en effet autant de moyens de venir en aide aux enfants défavorisés qu'il y a d'individus responsables. Si nous voulons arrêter la machine infernale que l'être humain a mis en route et qui détruit froidement l'avenir de centaines de millions d'enfants, ce ne sont pas seulement des conventions internationales, des programmes d'aide au développement ou des campagnes d’information qu’il faut mettre en place : c'est aussi, et en priorité, un nouvel état de conscience auquel il faut accéder en s'investissant dans cette cause primordiale de façon personnelle.

Le réseau de la fraternité qui rassemble les êtres humains, petits et grands, n'a pas pour unique objet de servir aux échanges monétaires. Les flux financiers qui le parcourent ne feront pas changer les mentalités : il a d’abord besoin de compassion ; il lui faut une énergie qui vienne du cœur. Les chèques, quel que soit leur montant, n'ont pas d'âme et c'est précisément cela qui fait défaut au monde d'aujourd'hui. Mettons donc de notre âme dans une action personnelle en faveur de tous ces enfants et devenons, à notre manière, un peu responsables d'eux. Nous découvrirons alors que le bien que nous voulons leur faire nous aide à vivre et nous nourrit. Et la dynamique qui résulte de cet échange, et qui accomplit ce prodige de permettre à celui qui n'a rien de donner à celui qui a beaucoup, nous fera pénétrer dans le « mystère » de la charité.


Geoffroi Contact  




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