Nous
vivons une époque passionnante du point de vue des
nouvelles possibilités qui s’offrent aux
êtres humains grâce aux progrès accomplis
dans le domaine médical, notamment en
génétique c’est-à-dire tout ce qui
concerne la manipulation du « vivant ».
L’homme découvre ainsi très
concrètement qu’il est devenu capable de se
transformer lui-même ainsi que le monde qui
l’entoure. Il en éprouve une si enivrante
sensation de pouvoir qu’il se précipite
tête baissée sur la voie apparemment royale qui
s’ouvre devant lui sans la moindre considération
pour ses responsabilités face à ses
semblables.
Aujourd’hui, les découvertes en matière
de clonage humain, de thérapie génique et de
biotechnologie sont en passe de révolutionner nos
modes de vie. Malheureusement, les valeurs spirituelles sont
si peu développées que nos
sociétés se soumettent totalement à la
vision qu’en ont les scientifiques, lesquels sont bien
souvent juges et parties en ce domaine.
Les problèmes auxquels l’humanité va
devoir se confronter sont particulièrement graves. En
voici quelques exemples parmi les plus connus : nous sommes
actuellement capables d’obtenir artificiellement des
plantes cultivées dans des pays en voie de
développement et dont elles sont les seules
ressources ; nous pouvons aussi conserver des embryons
humains et utiliser leurs cellules comme matériau
vivant de remplacement ; nous pouvons déterminer les
maladies qu’un individu à naître risque de
développer et interrompre éventuellement sa
venue au monde...
En d’autres termes, les progrès constants dans
les domaines de la génétique et des
biotechnologies s’accompagnent de menaces permanentes
de sorte que l’homme, incapable d’élaborer
une vision globale de la vie, devient l’esclave de son
propre pouvoir créateur. Pour canaliser les
délires des scientifiques ou l’appétit
commercial des industriels, la société
possède comme seul recours les comités
d’éthique dont les principaux membres sont des
professionnels de la santé ou des experts
scientifiques de sorte que le prétendu « profane
» n’a jamais la possibilité
d’intervenir dans le débat.
Il semble donc qu’il soit grand temps de prendre
conscience de ce grave état de fait et de cesser de
nous en remettre à des experts dont les talents dans
leur spécialité ne leur assurent pas la
moindre autorité sur le plan moral ou spirituel. Il
est temps de se rendre compte qu’en matière
d’éthique, entre les scientifiques et les
religieux, la société doit accorder une place
au « citoyen ordinaire » dont la
responsabilité est, elle aussi, en jeu. Comme il
serait naïf de penser qu’une telle décision
puisse venir « d’en haut » et comme
il est tout autant illusoire de croire que les
comités d’éthique peuvent jouer un
rôle de contrepoids suffisant face au nouvel ordre
mondial qui est en train de se mettre en place, au sein
duquel le profit a l’intention d’imposer sa loi,
il ne nous reste, une fois encore, qu’à nous
mobiliser et à nous faire entendre.
Il manque dramatiquement de bonnes volontés pour
rappeler au monde que la Vie a ses propres lois qui toutes
dérivent de l’Amour universel et, dans le
même esprit, que les personnes portent en elles la
présence divine qui leur garantit la liberté
et la responsabilité non seulement à
l’égard d’elles-mêmes mais aussi par
rapport à toute l’humanité. Les
sociétés sont là pour permettre aux
« individus ordinaires » d’exercer
ce droit à participer aux grandes orientations de
celles-ci, un droit qui recouvre tout autant le souci de
soi, de son avenir, de son projet de vie que le souci de
l’autre, caractérisé par la prise en
compte de l’humanité tout entière, en
incluant notamment tous ceux qui ne peuvent s’exprimer.
Réunir ces deux formes de respect, respect de soi et
de l’autre, est la condition absolue pour que
l’être humain se rende apte à utiliser son
extraordinaire potentiel créateur au service du bien
commun...
Aujourd’hui, pour concrétiser cette double
responsabilité, il nous faut saisir toutes les
occasions d’exercer notre droit à la
participation.
Geoffroi
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