«
Votre arme,
c’est votre mère : elle monte la garde pour vous
jour et nuit ». Tels sont les propos de cette
recrue de la guérilla colombienne, rompue à
l’utilisation des M-16, R-15 et autre fusil
d’assaut AK47, une combattante âgée de...
13 ans. Ils sont actuellement plus de 300 000 enfants
engagés dans différents conflits,
essentiellement en Afrique et en Asie. La majorité
ont entre 15 et 18 ans mais beaucoup sont
enrôlés de force dès l’âge de
10 ans, voire même 7 ans. Ce sont des enfants
soldats,
chair à canon des conflits du monde moderne. Ce sont
eux qui vont les premiers au contact de l’adversaire
pour détecter les champs de mines, eux
également qui se glissent entre les lignes ennemies
pour récolter des renseignements ou qui circulent
d’un bataillon à un autre comme messagers. Plus
ils sont jeunes, plus ils constituent des cibles faciles
à cause de leur inconscience du danger ou, tout
simplement, parce qu’ils ont été
drogués.
Un enfant soldat n’est jamais volontaire car même
s’il s’est engagé de son propre chef, ses
autres possibilités étaient trop restreintes
pour que l’on puisse parler de libre choix. La plupart
du temps, ils ont été pris de force à
leur famille et beaucoup proviennent de populations
déplacées ou réfugiées, plus
vulnérables. Bien souvent, ce sont aussi des enfants
de milieux défavorisés ou dont les familles se
sont disloquées. Une fois enrôlés, les
enfants soldats ne sont pas seulement exposés
à de graves dangers et à la mort, ils font
également l’objet de cruelles punitions. Ils
peuvent même être exécutés en cas
de désobéissance ou de désertion. Quant
aux fillettes, elles servent aussi comme soldats ou comme
esclaves sexuelles.
Est-il besoin d’évoquer les troubles psychiques
graves qui frappent les enfants soldats et les poursuivent
tout au long de leur vie ? Est-il besoin de dire que ces
enfants, dans leur immense majorité, resteront
profondément traumatisés par la violence
extrême qu’ils ont connue pendant leur
adolescence et à laquelle ils ont participé ?
Sans doute faut-il le répéter sans se lasser
car l’opinion publique n’est pas suffisamment
informée de ces réalités.
C’est en effet une question délicate parce que
les pays développés n’y sont pas
étrangers. Les Etats-Unis, par exemple, ont
refusé de ratifier la Convention des Nations Unies
relative aux droits de l’enfant parce qu’ils
souhaitent pouvoir recruter des individus âgés
de moins de 18 ans... De même, le Royaume-Uni
enrôle les jeunes gens dès leur sortie de
l’école à 16 ans de sorte que des enfants
britanniques ont trouvé la mort pendant la guerre du
Golfe. Ces pays ne sont pas les seuls : citons, pour
l’Europe, les cas de la France, l’Allemagne,
l’Italie, la Suisse, les Pays-Bas et bien
d’autres... Pour le reste du monde, nul ne
s’étonnera de trouver sur cette liste des
nations comme l’Iran, l’Iraq, la Libye,
l’Indonésie, le Pakistan, le Soudan...
Cependant, de nombreux pays ont adopté
l’âge limite de 18 ans pour le recrutement de
même que pour le droit de vote. Par ailleurs,
l’Organisation Internationale du Travail (OIT) fixe
également à cet âge la limite autorisant
l’exercice d’un travail dangereux, prenant ainsi
en compte l’engagement d’enfants dans des conflits
armés.
Alors qu’au mois de novembre sera
célébré le dixième anniversaire
de la Convention des droits de l’enfant, il est une
absolue nécessité que la même
frontière des 18 ans soit établie
définitivement pour mettre fin, tout au moins dans
les textes, à une véritable ignominie. Pour
cela, il importe donc que les individus se mobilisent au
sein des associations humanitaires afin de faire pression
sur leur gouvernement, par exemple en interpellant leurs
députés. Depuis 1987, deux millions
d’enfants ont été tués sur le
champ de bataille et, malgré cela, la
communauté internationale persiste dans son
aveuglement. Il est du devoir des pays connus pour leur
souci des droits de l’homme de stopper cette
hémorragie : car si l’humanité ne met pas
tout en œuvre pour protéger ses enfants,
à quoi bon envisager l’avenir ?
Geoffroi
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