Depuis
quelques mois, les autorités chinoises ont
lancé une vaste campagne de dénonciation de la
secte Falungong. Les dirigeants de ce mouvement
d'inspiration bouddhiste ont été
arrêtés ainsi que des milliers de membres
partout dans le pays. Récemment, les avocats de
Pékin ont reçu une circulaire leur interdisant
même de défendre les membres de la secte.
Visiblement, le gouvernement a fort mal accepté la
manifestation « sous ses fenêtres » des 10
000 membres du Falungong en avril dernier...
Dernièrement, au championnat du monde
d'athlétisme à Séville, la presse s'est
agitée autour de John Smith, l'entraîneur de
Maurice Greene et autres athlètes de très haut
niveau : il serait, dit-on, un gourou enseignant quelques
mystérieux principes philosophiques à ses
grands gaillards fascinés. L'entraîneur en
question répondit aux journalistes qu'ils ne le
connaissaient pas et n'avaient donc pas à faire
courir de tels bruits à son sujet...
Quel point commun y a-t-il entre la colère du
régime dictatoriale de Pékin et les tentations
inquisitoriales des médias occidentaux ? La peur !
Précisément, la peur face à l'inconnu :
l'inconnu que représentent l'autre, la
nouveauté. Et cette panique est tellement
irrépressible qu'elle conduit facilement les
individus à l'énervement, voire à la
haine.
La raison en est simple : la société
matérialiste dans laquelle nous vivons nous place
dans une situation d'instabilité permanente. La
plupart des êtres n'ayant pas la moindre idée
de ce qu'ils font sur terre ni le désir de
s'interroger sur ce qui les entoure et les compose, leur
fragilité face à tout ce qui est
différent est extrême. Le mari ne voudra pas
faire l'effort de comprendre sa femme : il
préférera se réfugier dans des
préjugés sexistes. Le blanc ne cherchera pas
à se rapprocher du brun, du jaune ou du noir, il se
laissera aller au racisme...
Bref, « l'un » n'a aucune idée de ce qu'est
« l'autre » parce qu'il n'est pas sûr de
lui-même : il vit en contradiction constante avec sa
nature de sorte que tout ce qui pourrait perturber ce
fragile équilibre fait de jugements et de
frustrations le rend furieux. Il faut donc un bouc
émissaire sur lequel focaliser ce manque d'Amour pour
lui-même. Cet être, ce fut le juif ou la
femme... Ce fut aussi le noir, l'arabe,
l'émigré, l'homosexuel. Aujourd'hui, c'est le
gourou c'est-à-dire à peu près toute
personne dont les activités ne sont pas
marquées par l'estampille du matérialisme et
du cynisme ambiant.
En d'autres termes, dès lors qu'un individu se met en quête
de sa vérité intérieure, il devient
terriblement dérangeant. Cela n'est pas nouveau mais les proportions
de ce phénomène sont assez inquiétantes au point de conduire,
par exemple, à faire un amalgame entre un chef de secte qui
entraîne ses adeptes au suicide et des personnes qui s'intéressent
aux médecines douces, à la réincarnation ou, tout simplement,
à la fraternité.
Si nos sociétés vont aussi loin dans le
goût pour la pensée unique, c'est parce qu'il
est plus facile de manipuler des individus angoissés
que des êtres confiants dans leurs capacités.
Beaucoup trop d’individus ont intérêt
à ce que le monde reste tel qu'il est : depuis le
lobby pharmaceutique qui fera tout pour freiner
l'automédication jusqu'aux parents qui paniquent
parce que leur enfant n'a pas choisi un métier
d'avenir, en passant par l'Eglise qui n'admet pas de salut
excepté en son sein...
Cet inconnu que nous ne maîtrisons pas, ce changement
qui nous effraie, c'est pour beaucoup l'équivalent de
la nudité : les repères que nous avons,
même si nous savons qu'ils sont mauvais, nous avons
mis des années à les acquérir de
même que nos comportements et nos
préjugés. Et nous devrions nous en
séparer à présent et nous retrouver nus
?!
Ainsi, pour ces gens-là, dont nous sommes tous par
moment, l'absence de repères est une nudité
qui s'apparente au froid glacial de la mort alors que pour
d'autres, c'est une libération, une nouvelle vie qui
commence. Il ne tient qu'à nous de cesser d'avoir
peur et d'appartenir à cette dernière
catégorie.
Geoffroi
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