Maintenant
que les bombardements ont cessé et que les troupes
serbes ont entamé leur retrait, il importe de
s'interroger sur la guerre menée par l'O.T.A.N.
contre la politique génocidaire de Milosevic. Il
convient de préciser que notre propos, des plus
critiques à l'égard de l'attitude de
l'Occident, ne vise en rien à trouver quelque excuse
aux atrocités commises par les forces serbes qui
caractérisent un véritable crime contre
l'humanité. Non, notre objectif est de conduire les
occidentaux que nous sommes à réfléchir
sur les valeurs qui fondent notre civilisation. Il serait
trop facile, à présent que les massacres sont
prouvés, d'en tirer la justification à rebours
d'une intervention militaire totalement négative.
Ainsi, nous devons nous interroger sur ce qui a permis que
les bombardements de l'Alliance soient finalement
considérés comme répondant aux
exigences d'une certaine morale. Malheureusement, et comme
toujours, le problème est avant tout d'ordre
spirituel. Certes, le Vatican a condamné les frappes
sur la Serbie, disant qu'il ne s'agissait pas là
d'une guerre juste. Mais, précisément, une
telle déclaration illustre à quel point le ver
est depuis longtemps dans le fruit. Parler d'une guerre
juste, c'est signifier que, dans certaines conditions, une
nation peut défendre une cause juste par
l'utilisation de la violence. Et là, tout
dérape ! N'importe quel gouvernement peut
décider que sa cause est juste en regard de sa
culture et déclarer la guerre à son voisin,
croyant sincèrement que son objectif est
l'éradication d’un mal.
Non, la guerre restera toujours profondément injuste
et l'intervention de l'O.T.A.N. demeurera dans l'histoire
des opérations militaires dont les
conséquences aboutirent à l'inverse du but
annoncé. Cela veut-il dire qu'il faille rester les
bras croisés lorsque des violations des droits de
l'homme ont lieu sur la planète ? Non, bien au
contraire ! Mais alors, les nations qui pensent avoir une
responsabilité morale à exercer en ce monde
doivent se doter d'autres moyens et fonder leurs
interventions sur des bases infiniment plus
fraternelles.
Il existe un critère fondamental pour savoir si
l'utilisation de la force est positive : il suffit
d'observer si elle est motivée par une volonté
de protéger la vie humaine allant jusqu'à
mettre en danger la sienne pour y parvenir. Dès lors,
nous sommes sûrs que nous avons affaire à une
authentique éradication du mal laquelle ne peut avoir
lieu que si des êtres humains acceptent d'en assumer
le poids.
Au Kosovo, l'objectif était d'empêcher que des
exactions soient commises à l'encontre des
populations. Il fallait donc mettre en place une
opération d'envergure ayant exclusivement pour but
leur protection et rien d'autre. Concrètement, cela
impliquait d'envoyer des soldats en grand nombre sur le
terrain dont la mission aurait été de
s'interposer physiquement devant les troupes serbes avec
pour ordre de ne tirer qu'en cas de mise en danger de la vie
d'un kosovar. De plus, cela aurait exigé que des
moyens militaires appropriés soient mis au point pour
mettre hors d'état de nuire les soldats serbes en
évitant de les tuer. De tels moyens existent mais les
armées modernes sont loin d'avoir adopté cet
esprit et donc de se doter des technologies
adaptées.
Quoiqu'il en soit, de telles opérations exigeront
toujours que l'homme s'engage personnellement pour prendre
en charge la violence et la transformer : ce ne sont
pas des machines qui éviteront les tragédies,
le défi se situant ailleurs, au niveau de ce que
l'homme est prêt à sacrifier pour que la
fraternité règne sur la terre. S'il est
prêt à lui donner sa vie pour éviter la
souffrance de son semblable (qu'il soit serbe ou kosovar),
sa cause est juste et les moyens qu'il mettra en œuvre
le seront aussi. Si ce n'est pas le cas, il n'aboutira
qu'à accroître la violence et la haine. C'est
ce qui s'est produit au Kosovo. Il faudra maintenant que
d'autres êtres donnent jusqu'à leur vie pour
rétablir l'harmonie dans cette région du
monde.
Geoffroi
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