| MGF
- Mutilations Génitales
Féminines |
Il
y a quelques semaines, une malienne a été
condamnée à 8 ans de prison par la cour
d'assises de Paris pour avoir pratiqué l'excision sur
un grand nombre de fillettes. L'importance de la peine,
jamais égalée dans ce genre d'affaires,
traduit la volonté du pouvoir judiciaire d'attirer
l'attention sur le caractère criminel de cette
pratique. Mais de quoi s'agit-il au juste ?
L'excision et, plus largement, les mutilations
génitales féminines (clitoridectomie,
infibulation...) constituent une sorte de “rituel”
répandu depuis des millénaires dans certains
pays d'Afrique, du Moyen Orient et d'Asie et concernent
aujourd'hui environ 130 millions de femmes et d'enfants dans
le monde. On pense souvent que cette pratique trouve sa
justification dans la tradition religieuse, islamique
notamment, en s'appuyant sur des propos injustement
prêtés au Prophète. En
réalité, elle a cours également chez
des populations chrétiennes, animistes ou encore chez
les Falachas.
C'est une pratique “culturelle” essentiellement
africaine et bien antérieure à l'Islam. Elle
relève simplement d'un code social, d'un ensemble de
coutumes ayant pour objet, dans tous les cas, de conforter
la domination masculine en protégeant l'honneur de
l'homme ou en favorisant son plaisir... L'ablation du
clitoris rend en effet l'acte sexuel douloureux pour la
femme et réduit le plaisir en grande partie, voire en
totalité.
C'est ainsi pour l'homme un moyen de s'assurer que ses
filles s'intéressent le moins possible aux
garçons et que sa ou ses femmes ne vivent pas
d'aventures hors mariage. On cautionne aussi cette violence
infligée aux femmes en prétextant des raisons
de santé (le clitoris est considéré par
certaines peuplades comme un organe sale et dangereux) ou
des raisons esthétiques (sa disparition rendrait les
femmes plus belles)...
Le lecteur imaginera sans peine les conséquences
médicales dramatiques issues de ces mutilations
effectuées avec des moyens précaires (couteau,
ciseaux...) et sans anesthésie : infections urinaires
chroniques, hémorragies, kystes... et plus tard,
stérilité, dysfonctionnements sexuels,
difficultés lors de l'accouchement sans parler des
troubles psychologiques graves. Chez la fillette, cela peut
se solder par le décès, comme ce fut le cas en
France en 1988 dans une tragédie qui ébranla
l'opinion, soulevant l'indignation de l'ensemble de nos
concitoyens...
Bref, ces pratiques dites “culturelles" constituent un
ferment idéal pour le racisme et le dédain
à l'égard de civilisations
considérées comme moins
développées. Pire, il y a dans ce genre
d'affaires un grand risque pour la notion même
d'universalité des droits de la personne : en effet,
la tentation est grande, face à des actes
révoltants, de tomber dans l'excès de la
pensée unique en niant ce que l'on appelle
communément le droit à la culture. A
l'inverse, ce droit est trop souvent mis en avant pour
justifier les plus odieuses oppressions.
Il importe donc au plus haut point que les nations
parviennent à s'entendre avant tout sur un noyau
fondamental en matière de droits humains : une
plate-forme commune où l'égalité de
l'homme et de la femme serait érigée en norme,
où le respect de l'intégrité physique,
intellectuelle et morale des individus serait regardé
comme sacré, où la liberté pourrait
écrire son nom lisiblement, dans toutes les
langues... Car ces notions ne sont pas exclusivement
occidentales, bien au contraire. Elles résonnent
fortement dans le cœur de chacun lorsqu'il s'agit de
soi et faiblement lorsqu'il s'agit de l'autre,
imperceptiblement lorsque cette "autre" est une femme...
Ce ne sont pas des procédures judiciaires,
perçues comme injustes, qui régleront ces
graves questions mais l'information et l'éducation.
Car la libération qui en résulte est le
ferment d'une culture non pas de mort et d'exclusion mais de
vie, une culture en évolution avec la vie !
Evolution, échanges, communication – donc
mouvement vers ce qui est autre – sont inscrits au
cœur de la nature humaine.
Geoffroi
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