| Les
Souffrances de la Jeunesse |
Lorsque
l'on utilise le mot « jeunesse », il est trop
souvent accompagné de termes porteurs de
négativité : délinquance, violence,
drogue, sida... Pourtant, ce mot recèle en lui un
potentiel de positivité sans limites. Qui ne
rêve pas de retrouver cet état qui symbolise la
soif de vivre et l'énergie ? En revanche, lorsque
l'on considère ce qui guette la « jeunesse
» d'aujourd'hui, personne ne voudrait troquer sa peau
contre celle d'un mineur de banlieue : ennui,
scolarité difficile, abandon constituent son lot
quotidien... avec le chômage et l'exclusion en ligne
de mire.
Tout le monde s'affaire autour du malaise des jeunes
avec plus ou moins d'hypocrisie ou d'inconscience : d'un
côté, on alerte sur ce qu'on appelle une
bombe à retardement, d'un autre, on adopte des
discours dits « sociaux » assaisonnés de
mesures répressives pour léguer le dossier au
gouvernement suivant.
La solution, une fois encore, ne viendra pas du monde
politique mais des individus et des associations... Car
l'essentiel ne se résoudra pas à coup de
subventions (le Ministère de la Jeunesse et des
Sports a un budget de l'ordre de 1%). Non, la réponse
à l'attente de ces millions d'êtres doit venir
du cœur. Elle se nomme le don. On peut toujours
investir des milliards dans des équipements sportifs
ou culturels : s'il n'y a personne pour y insuffler une
âme, ils resteront de beaux jouets inutilisés.
On peut aussi dépenser autant d'argent pour
créer des bourses d'études, des formations :
s'il n'y a rien d'intéressant au bout, cela ne
suffira jamais. Pourquoi ? Parce que ce n'est pas la
jeunesse qui est malade mais toute la société
qui ne sait pas où elle va !
L'idéal de la vie d'un individu ne se résume
pas au choix d'un métier même si l'on agite les
salaires des footballeurs professionnels pour alimenter les
illusions. Ce qui vaut la peine dans la vie d'un être,
c'est la fondation d'un foyer, l'accomplissement personnel,
la découverte de l'autre... Autrement dit, toutes
choses qui ne s'achètent pas. Le suicide ne serait
pas la principale cause de mortalité chez les moins
de 25 ans si leurs aspirations se réduisaient
à l'obtention d'un emploi ! C'est la vie même
qui semble avoir perdu tout intérêt chez ces
êtres car les plus âgés ne se sont pas
préoccupés de leur transmettre le plus petit
désir, eux-mêmes étant
déphasés depuis bien longtemps.
Alors que dire de l'Amour, que dire de la
créativité ? Existent-ils seulement dans les
banlieues ? Les zones de non-droit sont-elles des zones de
non-Amour ? Non, ni plus ni moins qu'ailleurs. Il suffit de
voir toutes les bonnes volontés que les souffrances
de la jeunesse ont fait naître pour comprendre que le
potentiel est bien là. Ce sont ces êtres qu'il
faut soutenir concrètement parce qu'ils se sont
investis avec le cœur et c'est donc par eux que les
améliorations surviendront. Ensuite, c'est toute la
société qui doit s'interroger sur son devenir
: est-il normal que les individus se battent pour une place
au soleil et tentent de la conserver jusqu'au tombeau ? Le
partage n'est-il pas plus raisonnable ? Est-il
cohérent d'accumuler pour soi les avantages de toutes
sortes alors que chacun sait que le don apporte la joie ?
Est-il sain enfin de vivre dans de tels conditionnements
intellectuels, sociaux et culturels que le désir et
la créativité en sont complètement
étouffés ?
N'est-ce pas plutôt la soif d'évolution qu'il
faut cultiver si l'on veut que la société
change pour du mieux ? La jeunesse, par ses maigres
révoltes, témoigne de la
négativité d'une société qui
s'étrangle par son conformisme ; une
société où l'on n'existe pas si l'on
n’appartient pas à une caste, une église
ou une communauté. Les « jeunes » sont
avant tout des personnes qui ont besoin, comme chacun, de
reconnaissance. Tout être a besoin de se sentir
aimé et utile à quelqu'un d'autre. Un «
jeune » même dénué de goût
à la vie recèle toujours une richesse : sa
souffrance. Celle-ci constitue un potentiel créateur
qui, mis au service de plus malheureux que lui, permettra au
souffle de la vie de rejaillir, plus pur qu'avant.
Geoffroi
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