Dans
un peu moins d’un mois, le 10 décembre, nous
fêterons le cinquantenaire de la Déclaration
Universelle des Droits
de l’Homme. A
cette occasion, comment ne pas porter notre regard vers nos
frères et soeurs martyrisés aux quatre coins
de la planète ? Amnesty International attire
l’attention du public sur les souffrances de plusieurs
personnes emprisonnées ou torturées pour avoir
exercé un de leurs droits fondamentaux : exprimer
leur opinion, défendre les travailleurs...
Intéressons-nous particulièrement au cas de
ces deux comédiens, U Pa Pa Lay et U Lu Zaw, en
prison depuis janvier 1996. Leur pays, le Myanmar
(Birmanie), vit sous un régime militaire
imposé par la force malgré sa défaite
aux élections de 1990. A l’époque, la
population s’était prononcée massivement
en faveur du LND, le parti du prix Nobel de la paix, Aung
San Suu Kyi. La junte militaire qui s’est donnée
le nom de SLORC (State Law and Order Restoration Council)
doit en outre faire face à l’opposition
armée des ethnies Karen, Mong Taï, Mon...
Il est ainsi facile de comprendre combien les violations des
droits humains sont monnaie courante au Myanmar qui ajoute
à l’ensemble des crimes commis en ce monde son
lot de plaies, sang, tuerie. C’est dans ce contexte que
nos deux chansonniers ont été inculpés,
au nom de la loi sur l’état d’urgence de
1950, pour un crime particulièrement grave aux yeux
du gouvernement...
Il existe de par le monde des dizaines de milliers de cas
analogues, de même que des atteintes aux droits
humains par millions. Pour le militant qui fait partie
d’une organisation humanitaire comme Amnesty, Handicap
International ou l’ACAT (parmi tant d’autres), il
y a de quoi perdre définitivement le sourire. Eh bien
non ! Conservons notre bonne humeur et notre
positivité. Attaquons-nous aux problèmes, le
sourire aux lèvres.
Il y a en ce monde une conspiration du désespoir, un
insidieux mouvement qui va du malheureux au
privilégié cherchant à affliger
l’un et l’autre. La défense des droits
humains n’a pas besoin de notre abattement mais de
notre énergie. Laissons les larmes et la douleur
à ceux qui n’ont plus que cela mais
n’ajoutons pas à leur fardeau le poids morbide
de nos émotions.
Plaies, sang, tuerie... Ces mots ne doivent plus nous
impressionner. Derrière chacun d’eux se cachent
des êtres humains emprisonnés pour leurs
idées ou leur foi, morts pour leurs frères et
leurs soeurs : des êtres qui se sont engagés
pour construire un monde plus juste ; des êtres qui
n’avaient rien à perdre parce
qu’entièrement voués à leur cause.
Lorsque nous considérons leurs visages sur les tracts
des ONG, nous ne pouvons manquer d’y déceler un
point qui leur est commun à tous, une semblable
expression : celle que prennent les âmes qui sourient
malgré la nuit, des consciences en train de
s’illuminer.
A l’heure où nous allons commémorer
l’un des plus beaux textes que l’humanité
ait produit, gardons au coeur ces faces éblouies par
l’Amour de l’autre, Amour qu’ils ont su
porter très haut. Et pensons à elles avec un
sourire qu’aucune violence ne peut effacer. Ce monde
est plein de misère et pourtant, il y a toujours plus
de frères et de soeurs prêts à se lever
pour que règne la Fraternité. Que de
souffrances mais quelle joie de vivre ! Un océan de
larmes incapable d’éteindre la flamme de la vie,
le bonheur d’aimer et d’être
aimé.
Il n’y a vraiment aucune raison d’être
triste : mordons au contraire à pleines dents dans
ces leçons de vie et prenons humblement exemple. La
joie n’est pas si éloignée. Ecoutez bien
ces mots sans cesse ressassés sur les médias :
plaies, sang, tuerie... Vous entendez ? Plaisanterie... Plai
- san - terie ! Oui, ne nous laissons pas impressionner par
la violence : elle n’arrivera à rien
d’autre qu’à stimuler notre désir de
vivre et à aiguiser notre volonté de venir en
aide à notre prochain.
Et nos deux amis U Pa Pa Lay et U Lu Zaw, pourquoi sont-ils
incarcérés ? Parce que leurs chansons se
moquaient des dirigeants du SLORC. Ils faisaient de
l’humour malgré la répression... de
sympathiques plaisanteries.
Geoffroi
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