Imaginez
un monastère, dans la quiétude d’un
cirque de montagnes à peine troublée par le
grondement d’un torrent... Sur une colline avoisinante,
un moine récolte quelques simples lorsqu’un
grand bruit retentit dans la vallée. Au milieu de la
fumée, le novice ébahi distingue des hommes
armés qui avancent vers lui. Très vite, le
monastère est investi : des coups de feu sont
tirés, des statues brisées, quelques moines
qui tentent de s’opposer sont emmenés on ne sait
où. Puis le calme revient. Les militaires regroupent
les religieux dans la cour.
Les équipes de travail envoyées par le
gouvernement entament leur oeuvre de
rééducation patriotique. Des agents du parti
signifient leurs nouvelles obligations aux moines
incrédules. Pour commencer, il leur faut renier leur
soumission à leur supérieur religieux dont la
représentation est désormais interdite. Des
réunions de masse sont organisées où
l’on apprend aux moines une nouvelle histoire qui se
substitue à leurs traditions séculaires.
Ceux qui résistent sont aussitôt
emprisonnés ou expulsés. Les autres
reçoivent, après interrogatoire, des cartes
d’identité religieuse dont la couleur traduit
leur plus ou moins grand attachement au nouvel ordre
établi qui décrète que la nation passe
avant les croyances. La vie reprend peu à peu son
cours mais la psalmodie du torrent a cédé la
place aux slogans abrutissants et les chants sont couverts
par la propagande. Tout est devenu contraintes, surveillance
et taxes : taxe pour effectuer un pèlerinage, taxe
sur la méditation... Les religieux gardent pourtant
espoir, ignorant que la situation est la même pour les
1700 autres monastères du pays.
Dans cette contrée, les moines et les moniales
jouissaient jusqu’alors d’une grande
autorité et leurs institutions assuraient depuis des
siècles la stabilité à tout un peuple.
En s’attaquant à eux, les nouveaux dirigeants
pensent parvenir à mettre l’âme de tout un
pays sous tutelle. A coup de tortures et
d’exécutions, ils espèrent
éteindre la flamme d’une foi qui illumine le
monde depuis des siècles. Mais c’est aussi de
façon plus perverse qu’ils tentent de parvenir
à leurs fins : en reconstruisant des
monastères, en y installant quelques hommes de paille
ou en feignant de tolérer les pratiques
religieuses... Un peuple entier est en train de perdre son
identité.
Ce drame n’atteindra jamais les abbayes de nos
paisibles vallées. C’est plus loin, à
l’est, que nos frères et soeurs ont
basculé dans ce cauchemar, là-bas, dans ce
pays un peu plus proche de Dieu : le Tibet. Depuis plusieurs
années, l’occupant chinois y mène une
campagne acharnée, baptisée
« Frapper fort », visant à éradiquer
l’influence du bouddhisme dans la société
et à décourager tout espoir de retour possible
du chef spirituel des tibétains, le Dalaï Lama.
Au mépris des conventions internationales, la Chine
entend même accentuer sa pression pour écraser
toutes velléités d’indépendance au
Tibet.
Rappelons donc qu’au nom de l’article 18 de la
Déclaration Universelle des Droits
de l’Homme, la
liberté de religion et de croyance est un droit
fondamental qui autorise chaque individu « à
manifester sa religion seul ou en commun, tant en public
qu’en privé, par l’enseignement, les
pratiques, le culte et l’accomplissement des rites
». La liberté de religion est indissociable de
la liberté de conscience sans laquelle un individu
n’est plus capable de donner sens à sa vie.
Priver une personne de ce droit, c’est manifester une
volonté de lui arracher ce qui fait son
humanité.
En étendant ce processus à toute une
population, le gouvernement chinois porte gravement atteinte
à la Fraternité humaine en commettant un
véritable génocide spirituel. Cela constitue
bien sûr un crime contre l’humanité, dont
la définition ne saurait se réduire à
l'extermination physique d’un peuple, mais doit aussi
prendre en compte la destruction massive des consciences.
N’oublions pas qu’en Chine, l’asphyxie des
esprits concerne plus d’un milliard et deux cent
millions de nos frères et soeurs...
Geoffroi
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