L'être
humain est prompt à se défaire de sa
liberté dès qu’une occasion se
présente. Donnez-lui un peu d’air frais, un
souffle de vie nouveau et vous le verrez vite se refermer
dans sa coquille après avoir goûté
à cette effrayante illimitation. Quelle horreur que
la liberté ! Tant de responsabilités et
si peu de repères ! Alors vite, l’être se
réfugie sur un plan où tout est facile,
où le rêve ne nécessite aucun
dépassement de soi et où le plaisir est
immédiat... La drogue. Mais le prix à payer
est exorbitant... La vie.
Bien sûr, ce qui frappe surtout nos contemporains
c’est l’aspect spectaculaire de certaines drogues
tel le crack qui rend dépendant dès la
première prise... En revanche, les drogues dites
"douces" tombent chaque jour un peu plus dans la
banalité : alcool, tabac, haschich, pour parler des
plus connues... Elles ne font plus peur à grand monde
et qui ne les a pas essayées, histoire de "vivre une
expérience" ? Belle expérience où
l’apprenti-dépendant ne fait que
répéter les gestes de l’enfant qui allume
sa première allumette en l’absence de ses
parents.
Il y a plus triste : ceux qui abusent de substances toxiques
sont avant tout des êtres en manque d’Amour, de
confiance en eux, de foi en la vie. Il n’est pas assez
pour eux qu’ils souffrent de la lourde chape
d’indifférence qui sévit dans nos
sociétés. Non ! Il leur faut en plus
s’auto-punir en détruisant une des plus belles
choses qui existent : leur personne, leur organisme, leur
psychisme, leur potentiel créateur. Autrement dit, la
présence divine en eux. Dans notre monde où
nous sommes informés de ce qui se passe de
négatif à l’autre bout de la
planète, nous ignorons tout ce qui est positif en
nous !
Nous savons depuis longtemps que l’abus d’alcool
ou de tabac est un poison ; nous connaissons les effets
hautement toxiques du cannabis consommé
régulièrement ; nous avons tous
constaté que ceux qui abusent de ces substances
manifestent un comportement dépressif, une
complète démotivation... Loin de les
blâmer, leur excès nous incite à traquer
tout ce qui nous empêche d’être en
communion réelle avec la vie : nous cherchons tous un
recours extérieur, l’assistanat de quelques
produits ou la répétition jusqu’à
l’obsession de certains comportements.
Il y a en effet des drogues "douces" plus complexes à
dépister : l’habitude de juger autrui, la
frénésie des émotions, la routine de
l’angoisse pour un rien. Avant de savoir
reconnaître en soi ses accoutumances, encore faut-il
vouloir être informé de l’essentiel
c’est-à-dire comprendre que notre personne est
sacrée et que nous devons commencer par nous aimer
nous-mêmes. Pourquoi gaspiller notre vie en adoptant
des habitudes dont nous savons qu’elles nous
détruisent peu à peu ? Peut-être parce
que cela ne nous demande pas beaucoup d’effort et
qu’en plus nous avons droit à un petit plaisir
temporaire, une extase au rabais...
Il n’existe pas de neutralité en ce monde : on
se dépasse ou l’on se détruit. La
difficulté et l’effort nous terrorisent parce
qu’ils exigent de faire appel à notre
capacité créatrice. Nous croyons vivre des
expériences intéressantes en abusant de
certaines substances alors qu’en fait nous
répétons les erreurs de nos
prédécesseurs. Nous nous croyons libres,
différents des autres parce que nous bravons des
interdits... En réalité, nous obéissons
aveuglément à un autre conditionnement :
une loi non écrite qui énonce que tout
individu est une poussière sans intérêt.
Et si la drogue parvient parfois à faire croire au
drogué qu’il est un surhomme, un être sans
inhibition... c’est pour mieux lui montrer ensuite
qu’il n’est qu’une loque !
Dépendants, oui nous le sommes. Nous pouvons choisir
de l’être de manière plus ou moins noble :
dépendre d’un verre de bière, d’un
joint, d’une émotion ou bien de l’Amour.
Cette dernière dépendance est la seule qui, en
fait, nous libère parce qu’elle nous conduit
à créer du neuf sans cesse : en nous et
autour de nous. Aimer, c’est le seul comportement qui
invite à ne rien attendre de l’extérieur,
juste à donner... de la Vie, à haute dose.
Geoffroi
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