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Il a fallu seulement 3
mois pour qu’un million de Tutsis soient exterminés avec une
barbarie soigneusement préparée. C’était en 1994. Un nouveau
génocide venait d’avoir lieu. Et le monde occidental avait,
une fois encore, laissé se perpétrer un . En 3 mois, le monde
a vu des individus massacrer et martyriser leurs voisins, violer
leurs femmes, des femmes exécuter leurs enfants, des enfants
en tuer d’autres à coup de machette. Et tout cela n’est pas
encore fini...
Il faudra aider des millions de gens, tous criminels ou victimes,
à se relever de ce traumatisme : des millions de gens qui se
demandent comment ils en sont arrivés là. Les raisons sont simples.
Ce sont toujours les mêmes drames humains qui poussent les individus
à éliminer leurs semblables : la haine entretenue par l’ignorance,
les traditions, la pauvreté, les frustrations, l’appétit de
pouvoir... Autant de synonymes de l’opposition à l’Amour, opposition
à la présence divine qui demeure en chaque être.
Car c’est cela un génocide : assassiner un individu à cause
de son ethnie, de sa religion, de son origine. Plus encore,
tuer un être humain parce qu’il EST, et qu’à travers lui une
force obscure tente d’ébranler la confiance en Dieu dans les
consciences humaines. La souffrance des Tutsis, en plus d’avoir
provoqué un désastre humain qui nécessitera des décennies de
soins pour être apaisé, a rempli l’humanité d’horreur et de
questions : pourquoi Dieu a-t-il laissé faire cela ? Si Dieu
existait, Il n’aurait pas laissé une telle ignominie avoir lieu.
Un peu comme si l’ampleur et l’organisation du crime lui donnait
un caractère encore moins tolérable. Comme si l’assassinat ou
le viol d’une fillette était d’une moindre importance ! Comme
si Dieu n’était censé intervenir qu’au niveau international
!
Cependant, Dieu était là. Il était là parce qu’il y avait souffrance.
Il était là parce qu’il y avait de l’Amour à donner. Jésus était
là et se faisait martyriser une fois encore. Cela est bien facile
à affirmer, diront certains, puisqu’au fond c’est une question
de Foi. Mais, même pour un grand nombre de chrétiens ou de croyants,
quelle difficulté lorsqu’il s’agit d’expliquer la souffrance
! Dieu, le Tout-Puissant, l’Omniscient était là, Il savait par
avance. Il n’a rien fait.
Et pourtant si : Notre Père a agi à travers tous ceux qui ont
tenté d’éviter ce crime. Dieu respecte la liberté de l’homme
qui s’est incarné pour vivre ses expériences par lui-même. Dieu
n’intervient pas de l’extérieur car Il vit au coeur des hommes
et les pousse à aimer leur prochain, à se donner à lui.
Ce que ce génocide veut réaliser, c’est ruiner l’espoir de fraternité
sur ce plan d’existence en désespérant les humains un par un.
Il revient à chacun de faire front dans sa vie contre le pessimisme
et la négativité : croyant ou incroyant, là n’est pas l’essentiel.
Que la Foi soit solide, faible ou absente, il y a une union
possible entre tous les êtres dès lors qu’ils désirent tous
la fraternité. Souvenons-nous, la Shoah est présente dans toutes
les consciences et n’en disparaîtra jamais : l’humanité s’est
déchirée mais la réconciliation a fait son chemin. L’homme en
ressort meurtri mais plus beau et plus fort. Il est possible
de survivre à ce crime innommable commis contre ce million de
Tutsis et d’en devenir meilleur : le génocide ne tuera pas l’idée
de fraternité car cette idée est là où se trouve un être humain
et se révèle davantage lorsqu’il souffre. Et Dieu n’est rien
d’autre que la Fraternité !
Comme nous sommes responsables de nos frères et soeurs, à la
même mesure nous sommes responsables de Dieu. Plutôt que de
nous demander ce qu’Il fait, demandons-nous ce que nous, nous
avons fait. Dieu n’est pas étranger à nous : Il n’est pas d’une
« ethnie » différente, Il est en nous et nous affirmons ainsi
plus ou moins l’Amour qu’Il est.
Nous avons, au Rwanda, donné une misérable image de Dieu. Réveillons-nous
! Faisons à présent en sorte de ne pas pratiquer notre propre
génocide, celui qui consisterait à assassiner notre origine
divine en notre humanité.
Geoffroi
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