On
considère généralement l’humour
comme un jeu de l’esprit qui consiste à exposer
la réalité sous un aspect inattendu et
singulier. Il y a, de ce fait, autant de formes
d’humour que d’“états
d’esprit”. Car même si l’on parle
communément d’humour tendre,
débridé ou cinglant, ne dit-on pas souvent
« j’aime son humour », autrement dit,
« j’aime sa propre vision des choses et sa propre
façon de les exposer » ?
Il y a donc dans l’humour une forme d’élan
créateur, une manœuvre habile de
l’âme désireuse de se faire
connaître pour interagir avec autrui. Un
“instinct” spirituel manifestement lié
à la présence de Dieu en nous. Car tous les
mystiques en témoignent : si le Divin cherche
à se faire connaître par son Esprit
d’Amour, c’est pour nous permettre
d’accéder avec Lui et par Lui à la
Suprême Communion. En fait, si la présence de
Dieu en nous est la pure expression de Son Amour,
l’humour est le langage de l’esprit qui recherche,
dans l’échange, sa propre divinité.
Voilà pourquoi il est indispensable de promouvoir
l’humour dans ce qu’il a de plus
élevé.
Dans la réalité, c’est la reconnaissance
et la compassion que nous recherchons à travers
l’allégresse d’autrui. Ce faisant, nous
courrons immanquablement le risque de ne pas être
compris, suivis et en fin de compte aimés. De
même, si nous redoutons de ne pas saisir l’humour
d’autrui, ce n’est pas seulement par fierté
mais par crainte de ne pas satisfaire une demande des plus
légitimes.
Aussi, peut-on affirmer que l’humour est à la
fois une forme d’appel et de don, tous deux empreints
d’une certaine abnégation. D’autant que
celui qui en use s’applique instinctivement, devant son
public, à ne pas se délecter lui-même de
son “génie”, un peu à l’image
d’un chef cuisinier qui se fait connaître
à travers ses préparations et s’efface
pour laisser aux autres la liberté d’aimer ou de
ne pas aimer… Un peu à l’image de Dieu qui,
par respect de notre libre arbitre, s’est logé
en nous de la façon la plus discrète qui soit.
C’est sans doute, en partie, cette pudeur indicible que
l’on ressent dans l’humour d’autrui qui nous
attire et crée en nous une ouverture propice au
rapprochement.
Il convient donc de savoir déceler dans toute forme
d’humour une humble démarche, dissimulée
certes, mais pour le moins authentique. Une démarche
qui consiste à négocier une proximité
avec l’autre que l’on érige, en outre, en
témoin de nos besoins et parfois même de nos
angoisses…
Mais l’humour est avant tout un signe d’ouverture
à une autre dimension de la réalité, un
signe d’éveil spirituel et de désir
d’illimitation. Ce faisant, le plaisir qu’il
induit est beaucoup plus lié à une
détente spirituelle unificatrice qu’à un
relâchement psychique. C’est ainsi
qu’utilisé avec finesse et compassion, il permet
parfois de désamorcer la négativité
d’autrui favorisant ainsi son ouverture. Aussi, ce
n’est pas seulement le rire qui est
thérapeutique mais le fait même de faire de
l’humour et d’y être sensible. Et c’est
sans doute ce qui poussait Freud à dire que «
l’humour a non seulement quelque chose de
libérateur mais encore quelque chose de sublime et
d’élevé ».
Cela dit, comme pour tout langage, un humour vide
d’Amour n’est souvent qu’un support à
l’ego ou, pire encore, aux jugements et à la
négativité. Autrement dit, il y a des limites
au-delà desquelles on ne peut répondre
à l’appel lancé au risque d’enfermer
l’autre dans son ego ou de participer à un
manque d’Amour à l’égard
d’autrui.
Car s’il y a dans l’humour une quête de
vrai, un besoin de sortir de soi pour accéder
à une autre facette du Divin, autrement dit, si
l’humour peut servir l’union, il peut aussi la
desservir : subtil dosage pour un enjeu Divin…
Pascale
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