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Mariage de raison, Mariage d'Amour


Deux êtres amoureux l’un de l’autre, et croyants, doivent-ils se marier « devant Dieu » ? Voilà une question qui doit solliciter notre esprit plus que notre mental. En effet, dire « oui » ou « non » de façon péremptoire déplacerait la problématique de l’union à celle d’un sacrement. En fait, la véritable question consiste à se demander si le mariage peut et doit constituer le fondement de l’union. Car la réponse coule de source : s’il est un moyen de s’engager à se donner et se perfectionner sans relâche par Amour de l’autre, alors il est un ferment essentiel de l’union. Mais s’il est un moyen d’exister au regard de Dieu et de la société, s’il est considéré comme Le gage de sa foi et de son Amour, alors il n’est qu’illusion…

De toutes façons, dès lors qu’il suscite un désir ardent ou un rejet catégorique, c’est qu’il incarne avant tout nos conditionnements ou nos craintes. Les uns verront dans ce sacrement une bénédiction extérieure salvatrice, les autres y verront un piège, comme si quelques mots prononcés devant un prêtre pouvaient les unir ou au contraire les enchaîner à un être !
En fin de compte, c’est souvent par rapport à soi que l’on désire absolument se marier ou que l’on s’y refuse. Car, sous le couvert de nobles conceptions religieuses ou purement intellectuelles, c’est déjà notre ego qui cherche à prendre et notre Amour qui se limite…

Mais, pour les amoureux épris de l’Amour lui-même, la question du mariage est secondaire. Représentant l’un pour l’autre le sentier qui mène au Divin, leur préoccupation principale est d’évoluer pour mieux servir l’aimé dans son parcours. Ils ne réfutent donc pas l’idée du mariage pas plus qu’ils ne prétendent fonder leur union à partir d’un sacrement extérieur à eux. Soucieux d’éradiquer le plus possible la part de conditionnements et d’illusions qui les motivent, ils chercheront à prendre ensemble la voie susceptible de fournir un maximum d’Amour en eux, entre eux et autour d’eux.

Aux yeux de notre Père aimant, nous ne sommes pas des maris, des épouses, des concubins ou des célibataires, étiquettes que la société nous attribue et que nous adoptons pour nous situer par rapport aux autres. Nous sommes des êtres libres et responsables en regard de l’Amour qui est en nous. S’il est donc compréhensible que les hommes aient besoin de se rassurer par des « béquilles », ils devront, un jour ou l’autre, ouvrir les yeux sur une réalité supérieure. Cela ne veut pas dire qu’il faille dénigrer le sacrement du mariage, bien au contraire : il faut le respecter et l’aimer pour ce qu’il est réellement, un repère. Un repère qui nous exhorte à réaliser ce dont témoignent tous les mystiques : nous sommes un microcosme de l’univers, nous sommes porteurs du Divin et de toute sa création. Autrement dit, nous sommes tous « mariés » les uns aux autres. Célébrer l’union provient de notre besoin de concrétiser cette réalité oubliée. Mais nous devons comprendre que la véritable célébration vivante et créatrice est le chant des âmes et des corps qui brûlent d’Amour et qui s’engagent chaque jour à aimer plus et mieux par des mots, des pensées et des actes.

Car, de même que « l’ami » du Christ n’attend pas le dimanche pour se repentir de ses erreurs et s’engager à évoluer, de même, celui qui aime n’attend pas le mariage pour s’engager à aimer devant Dieu. C’est pour cela que le Christ n’impose pas de règle et qu’il relativise le mariage devant la perspective du Royaume de Dieu. C’est pour cela qu’il nous enseigne de sa voix aimante : « Dès lors que deux êtres se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux »…(Mt 18, 20)

Pascale Contact  


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