|
ALLEINS, le 24 Mars 2004
Docteur Jean Philippe LABREZE
Collectif des médecins et des citoyens contre
les traitements dégradants de la psychiatrie.
449 Rue de L'Egalité
13980 ALLEINS
Monsieur DOUSTE-BLAZY
Ministère de la Santé et
de la protection sociale
8 Avenue SEGUR
75007 PARIS
Monsieur le Ministre,
Le Collectif des médecins et des citoyens contre les traitements
dégradants de la psychiatrie, que j'ai souhaité créer au début de
l'année 2004, s'est fixé comme objectif de dénoncer les "traitements"
psychiatriques dont les effets hautement délétères ont été amplement
démontrés par la communauté scientifique et d'obtenir leur interdiction.
A ce titre, j'ai l'honneur d'attirer votre attention sur la pratique
de l'électrochoc (ou sismothérapie). Depuis des décennies, les défenseurs
de cette méthode, niant ses effets néfastes, continuent de promouvoir
son usage. Bien qu'il soit quasiment impossible d'obtenir des statistiques
concernant la mise en œuvre de cette méthode dans notre pays, l'extrapolation
des statistiques concernant certains de nos partenaires européens
ou les Etats-Unis, permet de supposer que 20 à 30 000 de nos concitoyens,
peut-être même davantage, se voient administrer chaque année des
électrochocs.
Dans une note d'information de la Direction Générale de la Santé
(N° 2000-522 du 16 octobre 2000) relative aux réponses à apporter
à la mise en cause du recours à l'électroconvulsivothérapie (ou
ECT), Madame C. d'Autume, sous-directrice de la santé des populations,
souligne que « les instructions ministérielles du 16
août 1996 rappellent, s'agissant de l'ECT, qu'en application du
décret n° 95-1000 du 6 septembre 1995 portant code de déontologie
médicale, article 36, le consentement de la personne examinée ou
soignée doit être recherché dans tous les cas et qu'il doit être
apporté au patient toute information nécessaire sur les bénéfices
attendus et les effets indésirables éventuels, en applications de
l'article 35 du décret précité ».
L'article 35 du code de déontologie médicale stipule en effet que
: « Le médecin doit à la personne qu'il examine, qu'il
soigne ou qu'il conseille, une information loyale, claire et appropriée
sur son état, les investigations et les soins qu'il lui propose ».
L'article L.1111.2 du code de la santé publique rappelle quant à
lui que : « Toute personne a le droit d'être informée
sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes
investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés,
leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques
fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi
que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles
en cas de refus ».
Le qualificatif Loyal me semble être, dans ce contexte, le mot clé.
S'agissant d'une méthode susceptible d'endommager irrémédiablement
le système nerveux des patients auxquels elle est administrée et
de compromettre définitivement toute chance de réel rétablissement,
toute omission ou information erronée revêt une portée toute particulière
et représente un manquement grave, susceptible d'engager, à mon
sens, la responsabilité juridique de celui qui la délivre.
Trois points majeurs méritent d'être plus particulièrement soulignés
:
- Ainsi que le résume le Professeur BREGGIN, dans le document joint
en annexe et basé sur l'analyse rigoureuse de la littérature scientifique
concernant ce sujet, la plupart des études contrôlées sur l'électrochoc
indiquent que ce traitement n'est pas plus efficace que le placebo
et produit ses effets soi-disant thérapeutiques en lésant le cerveau
des patients et en provoquant un dysfonctionnement mental global.
- Les documents remis aux patients auxquels ont été proposés des
électrochocs ne mentionnent pas ou minimisent considérablement les
risques graves inhérents à cette méthode, privant ainsi les patients
de la possibilité de se déterminer en toute connaissance de cause,
- L'assertion selon laquelle les électrochocs, que ce soit en première
intention ou après échec d'une chimiothérapie, représentent la seule
alternative pour prévenir le risque suicidaire (assertion souvent
utilisée pour promouvoir les électrochocs, faire peser un sentiment
de culpabilité et exercer une contrainte inacceptable sur les praticiens
qui refuseraient d'y recourir) s'avère totalement fausse.
En conséquence, compte tenu de l'abondante littérature médicale
démontrant les effets hautement délétères et irréversibles de cette
méthode ainsi que son absence d'efficacité, considérant le rapport
bénéfices/risques, très nettement et indiscutablement en sa défaveur,
le Collectif des médecins et des citoyens contre les traitements
dégradants de la psychiatrie considère que l'information délivrée
aux patients susceptibles de recevoir des électrochocs ou à leur
famille n'est pas conforme aux données actuelles de la science et
constitue à ce titre une information déloyale pouvant être également
qualifiée de manquement à l'éthique et de faute, en droit général.
Nous avons la responsabilité de tirer aujourd'hui tous les enseignements
des erreurs du passé. Qui nierait aujourd'hui que les lobotomies
dont furent victimes des dizaines de milliers de patients furent
une véritable et inadmissible tragédie. Allons nous accepter encore
longtemps que la mauvaise foi de certains et leur totale incapacité
à se remettre en cause conduisent des milliers de patients venus
demander de l'aide à se voir administrer un "traitement" hautement
préjudiciable, dont les effets destructeurs sur le cerveau peuvent
être assimilés à ceux produits par la lobotomie ?. Ainsi, le Professeur
Karl PRIBRAM, M.D , Ph.D, neurochirurgien, Directeur du Laboratoire
de Neuropsychologie de l'Université de Stanford déclarait : « Je
préfèrerais subir une lobotomie mineure plutôt qu'une série de chocs
électroconvulsifs (.). Je sais trop bien à quoi ressemble le cerveau
après une série de chocs et ce n'est pas très agréable à voir ».
(APA Monitor, Sept.-Oct. 1974, [pp].9-10).
Certes, les conditions d'administration de l'électrochoc ont aujourd'hui
changé. L'anesthésie et la curarisation préalables ont réduit à
néant les complications fracturaires (qui concernaient rappelons
le plus de 20% des patients), mais elles n'ont aucunement diminué
les lésions cérébrales, bien au contraire. En effet, ainsi que le
souligne le Professeur BREGGIN, du fait de l'anesthésie et de la
curarisation, il est établi que les équipes administrant des électrochocs
utilisent des courants d'intensité supérieure, majorant ainsi les
effets néfastes.
Persuadé qu'un examen attentif des faits ne peut que valider le
point de vue développé dans ce courrier et refusant absolument le
statu quo et la perpétuation des mêmes erreurs, je me permets aujourd'hui,
Monsieur le Ministre, de solliciter votre intervention. Je veux
croire que le médecin que vous êtes aura à cœur de promouvoir la
seule réponse conforme, selon nous, à l'éthique médicale, c'est-à-dire
l'interdiction définitive de cette méthode indigne de notre pays
et de notre médecine.
Espérant pouvoir compter sur votre aide pour la poursuite de cette
tâche et vous remerciant dès à présent pour l'attention portée à
la lecture de ce courrier, je vous prie d'agréer, Monsieur le Ministre,
l'expression de mes très respectueuses salutations.
Docteur Jean Philippe LABREZE
Fermer
|