"Esclaves",
que reflète ce mot pour tout un chacun ? A quoi pense-t-on ?
L'image qui vient à l'esprit, c'est un homme de couleur noire,
enchaîné. Oui, mais, il y a longtemps ! En effet, il y a plus
de 150 ans, le 27 avril 1848, qu'un décret a aboli définitivement
l'esclavage dans toutes les colonies et les possessions françaises,
et ce grâce à Victor Shoelcher. Le terme "esclavage", le délit
d'esclavage, n'existe plus dans la loi. Et pourtant... ! De
plus en plus, ce mot revient à nos oreilles, on commence à le
lire dans les journaux, les médias lèvent le coin du voile sur
ce sujet incroyable ! L'un des pires fléaux qui existe. 200
millions d'esclaves aujourd'hui (estimé par l'ONU), 200 millions
d'individus "sur lesquels s'exercent les attributs du droit
de propriété ou certains d'entre eux".
En ce début de XXIème siècle, c'est Dominique Torrès, grand
reporter à France 2, qui est à l'origine de notre désillusion
! Oui, l'esclavage existe bien partout dans le monde et à notre
porte.
Courageusement, en 1986, elle s'est lancée dans une enquête
solitaire sur cet esclavage moderne dont on parle maintenant,
mais encore avec bien des réticences, et pour cause !
Son livre présente plusieurs années d'enquête à travers le Maroc,
la Mauritanie, le Koweït, la Sierra Leone mais aussi en Europe
: France, Suisse, Grande-Bretagne...
C'est sans concession que cette journaliste nous relate les
histoires d'enfants esclaves comme celles de ces milliers d'enfants
domestiques au Maroc que l'on appelle "bonniches", contraints
à des travaux dépassant leurs capacités, qu'on ne paye pas ou
très peu aux parents qui les ont vendus ou loués. Principalement
les petites filles qui n'ont quelques fois pas encore 6 ans
et qui ont déjà "une expérience professionnelle" ; elles travaillent
de 15 à 18 heures par jour, sans aller à l'école, sans amis,
sans tendresse, dorment sous la table de la cuisine ou dans
un corridor ; devenues la propriété de leurs maîtres, elles
sont souvent leurs souffre-douleur. Des enfants qui ont eu la
malchance de naître dans des familles défavorisées... Les écrits
de Dominique Torrès sont sans fioritures et empreints d'un tel
accent de vérité que le lecteur ne peut rester insensible en
découvrant un monde inimaginable de sadisme, de cruauté dans
des pays où le tourisme est roi. Des histoires d'enfants plus
atroces les unes que les autres.
Mais ces mauvais traitements ne sont pas que le lot des enfants,
c'est aussi celui de milliers d'hommes et surtout de femmes
philippines, asiatiques, africaines... à qui l'on a promis un
bon emploi et un bon salaire. Elles ont quitté pays, famille,
enfants pour travailler à l'étranger, pour démarrer une vie
meilleure et aider leur famille à subsister. Pour tous ces êtres
asservis, prisonniers d'employeurs qui leur ont confisqué leurs
papiers, quelle grande désillusion que celle de croire à un
avenir meilleur, entretenu par des agences, des filières très
organisées à travers le monde et jusque chez nous, en Europe,
en France !
Dominique Torrès nous fait ici le tableau de nombreux cas rencontrés
au cours de son périple qui l'ont à la fois bouleversée par
tant d'injustice et mise en colère par l'apathie des responsables
politiques auxquels elle s'est adressée pour dénoncer ce non
respect des droits de l'homme.
A travers ces lignes, on constate toujours la même chose : la
dominance des fortunés sur les pauvres, sur les gens de couleur,
sur les plus faibles (femmes et enfants) donc sur ceux qui ne
connaissent pas les lois ; il y a aussi les conditionnements
ancestraux bien ancrés de certaines peuplades et surtout la
fameuse immunité diplomatique qui permet tant de dérives !
Oui, dans son livre, l'auteur veut alerter l'opinion publique
; ses révélations nous sortent de l'ignorance et nous font prendre
conscience de notre responsabilité. Si vous souhaitez vous aussi
faire une démarche pour ces "esclaves", rendez-vous sur le site
de l'association qu'elle a fondée en 1994 le CCEM (Comité Contre
l'Esclavage Moderne) : http://www.ccem-antislavery.org/. Il
a pour objectif premier de lutter contre toutes formes de servitude,
d'assister et de libérer, s'il y a lieu, les victimes de l'esclavage.
Vous pouvez vous rendre aussi sur notre site à la rubrique "magazine
action" http://www.fraternet.com/magazine/dos1009.htm
où vous trouverez des photos et des témoignages de ces victimes.
>> ESCLAVES - Deux cent millions d'esclaves aujourd'hui
de Dominique Torrès
>> Editions Phébus
12, rue Grégoire de Tours
75006 Paris
Tél. : 01 46 33 29 29
Fax : 01 43 25 67 69
Collection : Liberté Sur Paroles
Anne

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