Le
Destin de Youssef Chahine
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Youssef Chahine, cinéaste égyptien francophone qui a su dans
toute son œuvre (35 longs métrages), se servir de ce moyen médiatique
pour combattre l’intolérance sous toutes ses formes. Chahine
: ... « pour vivre dans ce monde, il faut savoir aimer l’autre,
et reconnaître que la différence est excessivement intéressante.
Pour pouvoir reconnaître l’autre, il te faut d’abord apprendre
une leçon fondamentale : ne commence jamais par la méfiance,
mais donne la chance à l’autre d’entrer dans ton cœur. Ne mets
pas d’écran devant les yeux, car c’est les yeux qui t’ouvrent
le cœur. Dans tous les pays du monde, beaucoup "d’autres" sont
devenus mes amis, comme je suis devenu leur ami. Il n’y a pas
un être au monde qui n’ait pas une histoire intéressante. »
« ... Est-il possible d'en arriver à dire : je ne connais pas
l'autre, je ne veux pas le connaître, il ne m'intéresse pas
? Si je veux participer à ce mieux-vivre ensemble, je devais
réaliser un tel film. La générosité est un mot clef de la culture
arabe »
Après son film « L’Emigré » (1994), Youssef Chahine a connu
les menaces et la censure des fondamentalistes musulmans. Il
s’est retrouvé dans les mêmes conditions et les mêmes sentiments
que le philosophe arabe Ibn Rushd dit Averroès. Chahine s’est
inspiré de la vie d’Averroès né à Cordoue en 1126 et mort en
exil à Marrakech en 1198 à qui on a voulu interdire de penser
et dont on a brûlé les livres, ainsi que de l’Andalousie islamique
du XIIème siècle, comme réponse à ses détracteurs et à l’extrémisme
politique et religieux, « Tout le monde vous dit comment penser
et on vous refuse ainsi un droit des plus élémentaires. »
Avec son dernier film « Le Destin » (Al Massir), il a voulu
à la fois divertir et éclairer sur un sujet grave : le fanatisme
et l’intégrisme. Ce film évoque la vie du philosophe Averroès
dans le cadre de la civilisation andalouse du XIIème siècle.
L’action se déroule principalement à Cordoue, carrefour des
3 cultures arabe, juive et chrétienne. Averroès est un juste,
victime du fanatisme religieux ; il a été le premier médecin
de la Cour en 1182 et commentateur d’Aristote. Il donne l’exemple
d’un musulman à la fois très pieux et tolérant. Prestigieux
philosophe, conseiller d'un Calife orgueilleux, en Andalousie,
il se bat contre l'intégrisme qui conquiert les hommes pauvres
de la province. Le pouvoir sera fragilisé quand l'un des fils
du Calife se soumettra à ces fanatiques. Mais, aveuglé, le Calife
el Mansour croira à une menace du philosophe et de ses adeptes
et ordonnera l’autodafé de toutes ses oeuvres. Celui-ci sera
inutile car des copies et des exemplaires seront sauvés par
l’autre fils du Calife qui les déposera en Egypte après une
chevauchée parsemée d’embûches et de dangers. Ce film pourrait
se résumer à cette phrase : « La pensée a des ailes. Nul ne
peut arrêter son envol. »
« Le Destin » (Al Massir) est un message d’espoir et un combat
pour la tolérance qui est toujours d’actualité dans le monde
musulman comme dans l’humanité toute entière.
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Anne
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