| La guerre sans étoiles |
31 mai 1999 |
Ce week-end, les frappes de l'O.T.A.N. ont détruit un pont, faisant à nouveau de nombreuses victimes... Une fabrique de tabac fut également la proie des bombardiers ainsi que quelques autres « cibles légitimes ». Les serbes, dit-on, sont convaincus que l'Alliance ne s'arrêtera que lorsqu'elle aura obtenu la capitulation de Milosevic. Il semble en effet que cela soit le but recherché par les politiques. Ce conflit a causé tant de dégâts à tous les niveaux, humain autant que matériel, et il a coûté tant d'argent au contribuable américain que ses animateurs n'entendent pas le laisser se terminer piteusement : ils ne peuvent que souhaiter une fin éclatante qui viendrait redorer leur blason et ils feront tout pour y parvenir. Une déclaration de Slobodan Milosevic en personne annonçant qu'il accepte sans conditions les résolutions du G8 constituerait une véritable aubaine : au moment où le film de Georges Lucas (La Guerre des Etoiles n°4) pulvérise tous les records aux Etats-Unis, elle serait perçue par l'opinion publique comme la défaite des forces du mal devant les soldats du bien, pas moins !
En Yougoslavie, les humains sont allés si loin dans la barbarie que l'individu ordinaire est tenté de se réfugier dans le manichéisme le plus enfantin. Comment alors parvenir à considérer comme son frère celui qui inflige les pires tortures aux kosovars ? Comment se sentir proche d'un tyran qui conduit son peuple vers le chaos ? C'est pourtant bien ce que nous attendons de nous-mêmes puisque nous prétendons marcher sur les pas de Jésus. Il ne nous reste alors qu'un seul moyen auquel nous raccrocher : nous devons garder perpétuellement à l'esprit que nous partageons avec le pire de nos semblables le plus beau point commun qui soit, la présence de Dieu. Oui, même très enfouie, chaque être humain porte en lui la flamme divine et c'est cela qui doit nous le rendre sacré et nous faire réfléchir. Par cette présence, chaque être nous est proche et, de même, est proche de Dieu. D'un côté, cela nous engage à l'humilité : n'étant pas fondamentalement différents, nous n'aurions pas forcément mieux agi que notre semblable dans les mêmes circonstances. D'un autre côté, cela nous incite à la compassion à son égard : aimé de Dieu à ce point, comment nous-mêmes pourrions-nous le condamner ? Ne nous laissons donc pas aller à prendre parti dans ce conflit : aucune étoile digne de ce nom n'y luit sinon celles qui ornent tristement les uniformes des généraux. Concentrons-nous plutôt sur l'étoile merveilleuse qui brille au plus profond de chaque être afin de parvenir à l'aimer, contre vent et marée.
Geoffroi  |