| Société fraternelle |
30 juin 1999 |
Des manifestations regroupant des opposants au régime de Milosevic sont annoncées dans plusieurs villes de la Serbie, spécialement au sud où se trouvent les réfugiés serbes qui arrivent du Kosovo. Hier, une manifestation d'environ 10 000 personnes a eu lieu à Cacak, à 180 km de Belgrade, malgré l'interdiction et les barrages de la police. Peu à peu, des voix commencent donc à s'élever contre le pouvoir en place et la société yougoslave de demain fait ses premiers pas dans les esprits de quelques réformateurs. Il était grand temps. Car si la Serbie a pu se laisser entraîner si loin dans la négativité à cause d'un tyran, c'est en grande partie parce que cet homme n'a pas eu en face de lui une opposition crédible. Et elle ne pouvait l'être du fait de sa désunion, chaque faction essayant de faire valoir son modèle de société ou son idéologie aux dépens de la fraternité.
C'est cela qui cause tant de souffrances aujourd'hui : depuis des siècles, les humains ont privilégié de belles constructions mentales en faisant abstraction de ce qui produit la vie intérieure de leur être, leur cœur. Ainsi, les êtres se séparent parce qu'ils ne partagent pas les mêmes convictions alors que dans l'adversité, ils se rejoignent parce qu'ils éprouvent des souffrances identiques... Et pourtant, cela ne suffit pas à illuminer leur conscience sur la réalité du besoin que nous avons les uns des autres et sur la nécessité d'être unis et d'aimer notre prochain avant de se préoccuper du monde des idées.
En d'autres termes, même si tout le monde a compris que les kosovars avaient besoin d'être aidés et soutenus par tous les moyens, peu d'êtres semblent réaliser que l'entraide, le don de soi, la positivité, la confiance en la vie, sont les valeurs fondamentales sur lesquelles devraient être basée toute création humaine. De sorte que les sociétés peuvent être fondées sur le modèle capitaliste, communiste, social-démocrate, libéraliste, monarchiste ou autre, si elles ne reconnaissent pas la fraternité et l’Amour de l’Autre comme priorité absolue, elles aboutissent toutes aux mêmes aberrations criminelles parce qu'elles sont coupées de la vraie Vie. Et, lentement, elles agonisent.
Geoffroi  |