| Commerce et politique |
29 novembre 1999 |
A partir de demain, plus de 130 pays vont se réunir à Seattle dans le cadre de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). L’enjeu en sera particulièrement important puisqu’il y sera question aussi bien de l’agriculture et des services que de l’aspect social des échanges commerciaux... Par ailleurs, de nombreuses organisations vont profiter de ce sommet pour faire entendre leur opposition à la mondialisation et au danger qu’elle représente en matière de santé : les débats récents autour du bœuf aux hormones et des organismes génétiquement modifiés (OGM) en constituent un exemple frappant.
Des divergences fondamentales apparaissent déjà parmi les participants qui risquent de transformer ce sommet en un affrontement entre les pays riches et les pays pauvres. Ces derniers refusent l’idée d’une clause « droits de l’homme » qui remettrait en cause leur compétitivité sur le marché. En effet, dès lors que le travail des enfants, les droits syndicaux ou la condition féminine seraient pris en compte dans les négociations commerciales, les avantages des pays en voie de développement (PVD) en matière de coût et de flexibilité de la main d’œuvre seraient profondément remis en question. C’est pourquoi les représentants de ces nations à l’OMC considèrent le volet social comme un prétexte visant à protéger les pays riches de la concurrence : ils réfutent ainsi la politisation du commerce, arguant qu’il est du ressort de l’Organisation Internationale du Travail (OIT).
Bien entendu, il serait absurde de séparer arbitrairement le commerce et la politique qui forment deux dimensions indissociables des échanges humains. Toutefois, il est vital que les pays privilégiés fassent preuve de davantage de pragmatisme en ce domaine : il est assez inconvenant d’exiger toujours plus d’efforts de la part des pays pauvres dont les économies sont à la remorque des grandes puissances qui ne se sont pas gênées pour abuser de leur situation dominante. Pour faire disparaître la coloration néocolonialiste qui teinte malencontreusement ce débat majeur, il est nécessaire que les pays riches consacrent une partie de leur croissance à l’édification d’un système de compensations financières qui permettrait aux PVD d’évoluer vers plus de justice. De même, si les occidentaux veulent gagner en crédibilité, il serait bon que l’OMC joue le jeu de la transparence et implique davantage les pays les moins avancés dans ses mécanismes décisionnels afin d’amoindrir l’influence considérable des multinationales. Enfin, il revient aux opinions publiques de démontrer leur attachement aux droits humains afin d’empêcher, par des pressions auprès de leur gouvernement, que des régimes sanguinaires puissent avoir accès aux instances internationales et faire ainsi obstacle à la construction d’un monde plus fraternel.
Geoffroi
Lectures conseillées :
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