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Made in Misère
28 septembre 1999


Alors que, dans quelques jours, la Chine célébrera 50 années de communisme au pouvoir, le président Jiang Zemin prononçait un discours devant un parterre de capitalistes lors du Forum Mondial organisé par la revue Fortune à Shanghai. Jiang Zemin a mis fin aux espoirs de changement en matière de respect des droits de l'homme, récusant les valeurs occidentales en ce domaine. Selon lui, la priorité de la Chine est de parvenir à nourrir ses 1,2 milliard d'habitants et cela constitue un devoir qui dépasse tout le reste. C'est pourquoi le président chinois a appelé les entreprises étrangères à investir massivement dans son pays.

« Rejeter les valeurs de l'occident mais recueillir son argent » semble être le slogan des autorités de Pékin depuis de nombreuses années : en attendant, les droits fondamentaux du peuple chinois n'ont pas enregistré la plus petite évolution. Certes, les dirigeants chinois ont toujours eu l'art de la formule et excellent en diplomatie mais combien de temps faudra-t-il pour que le brouillard s'estompe devant les yeux des occidentaux ?

Du simple point de vue économique, leur position est indéfendable : l'immoralité du commerce mondial révolte de plus en plus les consommateurs qui s'interrogent sur l'origine des produits. Les multinationales auraient tout intérêt à s'entendre sur un code de conduite avant que leurs pratiques inavouables ne ternissent définitivement leur image de marque. De nos jours, il est indécent de considérer un objet en l'isolant de sa chaîne de production et de distribution. Toute fabrication, même au niveau industriel, est une création humaine respectable. Il ne viendrait à l'idée de personne d'acheter un roman sans se soucier de son auteur.

Dans les pays pauvres, le travail constitue toute la vie des individus : ce qu'ils fabriquent n'en a que plus de valeur et la main qui a participé à sa réalisation ne doit pas nous rester inconnue. Ainsi, si nous pouvions établir la traçabilité humaine d'un ballon de football, d'un jouet électronique ou d'un pantalon, nous ne tarderions pas à faire pression sur les multinationales pour qu'elles adoptent un comportement plus responsable. Entre le communisme brutal et le capitalisme sauvage, il y a assurément une troisième voie qu'il revient aux opinions publiques d'indiquer.

Geoffroi Contact


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