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Bidonvilles
26 novembre 1999


A Manille, les autorités ont fait raser un bidonville qui abritait des milliers de personnes, provoquant la mort de plusieurs d’entre elles dont des enfants. Les policiers ont utilisé des gaz lacrymogènes et des bulldozers afin d’effacer au plus vite les traces de la misère qui salit l’image de marque de la capitale des Philippines : le sommet des nations de l’Asie du sud-est (ASEAN) doit en effet se tenir dans un building à proximité.

Il faut savoir qu’à Manille, trois millions de personnes vivent dans des bidonvilles représentant moins de 5% de la superficie totale de la ville. Le gouvernement procède chaque année à de telles destructions, chassant de leurs seuls abris des centaines de milliers de personnes. Dans la grande majorité des cas, les terrains ainsi libérés demeurent ensuite inoccupés quand ils ne sont pas utilisés pour implanter de luxueuses constructions afin de donner une meilleure apparence à la ville. Ces expulsions violentes ont des effets dramatiques sur les familles : en effet, tandis que les femmes et les enfants se retrouvent dans des camps éloignés, les hommes continuent de chercher du travail en ville. De plus, nous imaginons facilement à quel point ces mesures cruelles peuvent causer de dégâts aux populations, tant sur le plan de la santé physique que psychique.

L’utilisation systématique de la violence face aux problèmes de surpopulation et de pauvreté qui sévissent dans les grandes villes des pays en voie de développement illustrent non seulement l’incapacité des gouvernements à faire obstacle à la misère mais surtout leur absence de volonté de résoudre un drame humain quotidien pour des dizaines de millions de personnes. Les solutions existent pour favoriser le relogement ou assainir les bidonvilles mais de tels programmes sont coûteux. Il est infiniment plus lucratif et valorisant pour les autorités de se livrer à la spéculation foncière pour jeter de la poudre aux yeux des visiteurs et attirer les investissements. Cependant, le spectacle de ces hôtels et de ces centres commerciaux luxueux ne parviendra pas à dissimuler la honte qui suinte de ces édifices sans âme, au cœur de ces villes « bidons ».

Geoffroi Contact


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