| Drogue en ligne |
25 août 1999 |
D'après une étude récente, 6% des américains seraient drogués à l’Internet. Qu’ils soient des surfeurs acharnés, des amateurs de jeux ou des fervents du « chat », qu'ils dépensent l'argent qu'ils n'ont pas dans les boutiques en ligne ou qu'ils pratiquent les messageries roses, ces « cyber-malades » vont jusqu'à briser leur famille ou perdre leur emploi...
Les motivations qui poussent toutes ces personnes à se réfugier dans le monde virtuel sont nombreuses. Il y a d'abord l'illimitation que le Net procure par la masse d'informations et d'activités disponibles à tout instant. Il y a ensuite la possibilité qu'il offre de communiquer avec une foule de ses semblables, sur tous les sujets et dans la liberté la plus totale. Il y a enfin l'amour. Certes, pas exactement celui que nous prônons sur Fraternet, mais une forme plus dense qui va de la satisfaction d'un besoin à la quête de l'âme sœur en passant par le désir d'être compris ou l'envie irrépressible de se montrer...
Illimitation, communication, amour : une trinité apparemment très positive s'il ne lui manquait un élément essentiel, un sens. L'illimitation devient une limite terrible dès lors que l'être est perdu dans l'immensité des choix qui, tous, finissent par s'annuler. La communication est vanité si elle n'a pas pour but la dilatation de l'ego vers ce qui est autre mais son exaltation personnelle. Quant à l'amour qui ne voit pas plus loin que l'assouvissement des pulsions et l'enfermement, il se nomme en réalité la haine de soi.
L'être humain étant, par nature, un donneur de sens, s'il n'utilise pas son potentiel créateur dans un but clairement positif, il ne fait que se détruire. Et un outil aussi merveilleux que l'Internet devient alors un faiseur d'esclaves. Il est normal que les individus soient attirés par tout ce qui les illimite. Il est bon qu'ils éprouvent le besoin de communiquer et d'être aimés. Mais s'ils ne savent pas pourquoi, s'ils ignorent le but final, ils n'auront de cesse de se faire du mal, de s'auto-punir tant qu'ils ne l'auront pas trouvé. Les idéologies et les religions ont surtout dit aux humains qu'ils ne valaient rien s'ils n'étaient pas productifs et soumis. Mais leur a-t-on suffisamment dit qu'ils avaient toute la richesse du monde en eux-mêmes ?
Geoffroi  |