| « Les bruits de la rue » |
24 octobre 1999 |
Alors que le président Jiang Zemin est en visite officielle en France, quatre fondateurs du Parti Démocrate Chinois (PDC) vont être jugés par la cour de Hangzhou pour incitation au renversement de l’état. Les quatre dissidents ont été arrêtés en juin dernier, dix ans après la répression sanglante de la place Tian An Men en réponse à la volonté démocratique des étudiants chinois. La date du procès n’a été révélée aux familles que tout récemment ce qui laisse aux avocats un temps particulièrement court pour préparer une défense solide, et témoigne surtout de la volonté du régime de Pékin de lancer un signe fort en direction des occidentaux : à travers ce procès scandaleux, il s’agit de faire comprendre aux donneurs de leçons européens que le gouvernement actuel de la Chine n’a que faire de leurs sermons.
A Londres déjà, le porte-parole de la délégation chinoise avait évoqué « les bruits de la rue » pas assez étouffés à son goût. Aujourd’hui, alors que Jiang Zemin passe contrat à la France d’une grande quantité d’Airbus, le message est clair : « la technologie occidentale, oui, les droits de l’homme, non ! » Le chef de l’état chinois n’a certes pas envie de perdre la face alors qu’il fait aux occidentaux l’honneur d’acquérir leurs centrales électriques et leurs avions. C’est aussi un signe ferme à l’intention de tous ceux qui seraient tentés par la rébellion à l’intérieur de son propre pays : une façon d’illustrer sa volonté de tuer dans l’œuf toutes les tentatives de déstabilisation du pouvoir, ainsi qu’il l’a promis...
Décidément, ces « contrats de la honte » attisent tellement la convoitise de nos gouvernements qu’ils ne craignent même pas de paraître incohérents aux yeux de leur électorat : un jour, on arrête Augusto Pinochet, le lendemain, on fait des courbettes à un chef d’état qui le dépasse certainement dans l’horreur. Heureusement, il y a « les bruits de la rue », les cris de tous ceux qui demandent que l’on prenne en compte leurs souffrances, ces voix qui ne parviennent pas à se faire entendre des cortèges officiels mais qui ne manquent pas de fortifier nos âmes, si nous les écoutons.
Geoffroi  |