Hier, le contingent italien de la K.F.O.R. escortait un convoi composé de familles serbes regagnant la ville de Pec au Kosovo. Aujourd'hui, les mêmes personnes ont demandé à retourner en Serbie et c'est donc un convoi semblable à celui de la veille qui a repris la route en sens inverse. L'explication de cet échec viendrait du fait que les soldats de la K.F.O.R. ont laissé ces familles sans protection et qu'aussitôt après leur départ, des commandos de l'U.C.K. sont venus leur donner l'ordre de déguerpir. Autrement dit, alors que les règlements de compte se poursuivent et que les maisons n'en finissent pas de brûler, nous ne pouvons que constater l'impuissance de la K.F.O.R. à s'interposer efficacement entre les deux communautés. Bien entendu, cela ne provient pas de la valeur des hommes qui la composent mais de leur nombre largement insuffisant qui trahit une volonté politique floue.
Le sujet est suffisamment sérieux pour que nous tirions le signal d'alarme. Avec le temps et la lassitude qui, souvent, l'accompagne, le Kosovo risque fort de se vider intégralement de sa population serbe parce que personne n'aura voulu se donner les moyens d'assurer leur sécurité. Nous en arriverons donc à une situation figée où chaque communauté recommencera à vivre refermée sur elle-même. Il serait même préférable que le Kosovo soit un pays indépendant mais que les deux ethnies y cohabitent plutôt que de devenir une région autonome au sein de la Serbie sans abriter le moindre serbe. Cela n'est pas une simple question de politique mais relève de l'intérêt de la fraternité. Si les humains ne sont pas plus capables d'assumer leurs épreuves jusqu'au bout afin d'en extraire quelque chose de positif, elles se représenteront perpétuellement jusqu'à ce que la leçon soit comprise.
Au Kosovo, c'est toute l'Europe qui doit repartir sur de nouvelles bases, de nouvelles valeurs. Les nations doivent donc s'investir à fond dans une œuvre de justice qui doit commencer le plus rapidement possible. Pour le moment, il s'agit d'abord de permettre aux kosovars de retourner chez eux dans les meilleures conditions et d'assurer aux serbes la sécurité dans leurs foyers. Maintenant que les soldats sont sur le terrain, qui donc pourrait tolérer que des exactions aient à nouveau lieu ? Et qui comprendrait qu'après les milliards dépensés à bombarder Belgrade sans que cela ait pu apaiser le martyre du peuple albanais, l'Europe ne se dote pas aujourd'hui d'une force d'intervention capable de faire respecter le droit ? Restons vigilants : le monde de demain en dépend.
Geoffroi  |