| La grande tromperie |
23 juin 1999 |
Bill Clinton était hier à Stenkovec (Macédoine) où il rendait visite aux réfugiés albanais. Dans son discours, le président des Etats-Unis leur a demandé de ne pas quitter les camps avant plusieurs semaines, pour donner le temps aux soldats de la K.F.O.R. de déminer le territoire. Sans doute ses conseils ne seront-ils guère suivis tant les kosovars ont hâte de retrouver leurs maisons, même en ruine. 180 000 réfugiés seraient déjà rentrés chez eux. Parallèlement, la K.F.O.R. escorte les familles serbes qui désirent rentrer au Kosovo après quelques jours d'exil : elles y sont en effet fortement incitées par le gouvernement qui ne veut surtout pas les voir arriver à Belgrade et par l'église orthodoxe qui craint pour la sauvegarde de ses monastères du Kosovo...
Ainsi, on entend maintenant des serbes, excédés par des mois d'humiliation, crier leur dégoût à l'égard de Milosevic qu'ils considèrent comme un terroriste juste bon à être pendu. Bien sûr, il est impossible de savoir si ces personnes ont toujours pensé de la sorte ou si cette déclaration de haine est motivée par le sentiment d'avoir été trompé par quelqu'un en qui l'on croyait... Quoi qu'il en soit, nous savons que la population serbe n'a jamais été totalement acquise à Milosevic et nous soupçonnons qu'il ne devait pas être facile de s'avouer publiquement comme étant opposé à son autorité.
Toujours est-il que de nombreux serbes, notamment dans l'armée et la milice, maudissent aujourd'hui celui qu'ils vénéraient hier. Ce phénomène, propre à la négativité et à la haine, mérite que l'on s'y arrête. Lorsqu'un tyran comme Milosevic proclamait la supériorité de la nation serbe sur le reste du monde et laissait entrevoir le mirage d'une Grande Serbie unifiée, nombreux étaient ceux qui l'écoutaient et le considéraient même comme un saint ! C'est en fait que cet homme savait utiliser les frustrations et autres émotions morbides à son profit. Il n'était pas aimé pour lui-même ou pour ses éventuelles qualités de chef d'état mais parce qu'il cristallisait sur sa personne les désirs de puissance de toute une foule d'êtres égarés.
Dès lors que ces gens ne trouvent plus rien en lui qui serve leur pulsion de domination, ils le rejettent avec mépris, ne voulant pour rien au monde être assimilés à ses crimes dont ils sont pourtant, directement ou indirectement, les complices. Cette incohérence dévastatrice est caractéristique des individus qui n'ont plus la moindre vie intérieure : à force de dégoût pour eux-mêmes, ils ont pris l'habitude de chercher à l'extérieur une drogue qui leur fasse oublier leur mal-être. C'est donc par le fanatisme qu'ils se maintiennent dans un semblant de vie jusqu'au jour où leurs illusions s'effondrent. Et tous, ils se précipitent dans un gouffre, écrasant celui qui les y a conduits.
Geoffroi  |