Daniel Cohn-Bendit déclarait hier, en substance, qu'il n'avait jamais été pacifiste et qu'il fallait savoir prendre ses responsabilités dans certaines circonstances graves, notamment ici face aux kosovars. Il justifiait ainsi l'intervention de l'OTAN, ajoutant pour compléter son propos que personne ne pouvait être heureux de cette guerre. Ces paroles, somme toute mesurées, sont assez représentatives de ce que pensent encore beaucoup de personnes relativement à cette tragédie. Peut-être est-il bon de revenir alors sur la signification du mot « pacifiste » pour en montrer la valeur spirituelle. Un pacifiste est simplement un partisan de la paix à tout prix. Or, tout le monde désire que la paix soit rétablie en Yougoslavie et les gens raisonnables ne souhaitent pas punir le peuple serbe pour son allégeance forcée à Milosevic. C'est donc sur les moyens d'aboutir à la paix et sur la nature de cette paix que se situe le débat. Sur les deux plans, l'intervention de l'OTAN est une absurdité pour la simple raison que les moyens utilisés pour parvenir à la paix décident de la nature et de la durée de celle-ci. Une paix obtenue à coup de bombes, donc imposée par une force aveugle, n'a aucune viabilité puisqu'elle exacerbe la haine et le sentiment d'injustice. Pire, elle constitue même un prétexte pour que la négativité s'exprime dans toute son ampleur comme c'est le cas au Kosovo où l'alliance a obtenu l'opposé de l'effet escompté.
Par ailleurs, le nationalisme à l'origine de cette guerre n'est pas une flammèche qui s'éteint d'un revers de main. Il s'enracine dans un passé âgé de six siècles et ne disparaîtra pas en quelques années. Ce ne sont pas des opérations militaires brutales qui peuvent en venir à bout – elles ne font que l'alimenter – mais un travail d'éducation qui exige beaucoup de sacrifices. Être pacifiste ne signifie donc pas être mou ; au contraire, l'édification de la paix nécessite une grande fermeté. Cela signifie encore moins que l'on accepte de laisser ses semblables se faire massacrer ! Le massacre des faibles par les forts ne ressemble en rien à la paix. Être un partisan de la paix à tout prix, c'est donc, avant tout, protéger la vie de son prochain quitte à donner la sienne. Daniel Cohn-Bendit prenait l'exemple de la seconde guerre mondiale pour illustrer son propos : mais où sont-elles aujourd'hui les troupes qui risquent leur vie pour défendre les kosovars ?
Geoffroi  |