L’O.T.A.N. et la Russie ont trouvé un accord concernant le rôle des forces russes au Kosovo : elles ne commanderont pas une zone spécifique mais seront réparties dans les différentes régions gérées par des pays membres de l’Alliance. Ce compromis permet à la Russie de garder la tête haute après s’être soumise à l’Occident de nombreuses fois. Par ailleurs, il est probable que la présence de soldats d’un pays « ami » constitue un élément rassurant qui incite les serbes du Kosovo à rester chez eux. Bref, l’élaboration de la paix demande à chacun de se montrer conciliant... Ainsi, entre l’U.C.K. qui accepte peu à peu de se laisser désarmer et les troupes de la K.F.O.R. qui s’efforcent à la discrétion, une volonté commune de préserver ce qui peut l’être commence à se faire jour. De sorte que les représailles des uns et les ultimes exactions des autres paraissent une insulte à la paix d’autant plus intolérable.
Il semble que la gravité des événements qui se sont déroulés au Kosovo recouvre toute la région d’une lourde chape faite de respect auquel se mêle le sentiment du sacré. Ce sont des villages entiers qui prennent à présent la forme de sanctuaires et les cadavres entassés dans les fosses sont maintenant autant de reliques. Le danger est grand, malheureusement, que chaque tombe fraîchement creusée serve de fondation à un nationalisme destructeur.
C’est ce qu’il faut éviter à tout prix et c’est pourquoi il est bon de rester à l’écoute de ces hommes et de ces femmes qui ont payé de leur vie une liberté que d’autres savoureront. Le message qu’ils nous transmettent est simple : « vivez, vous qui en avez la possibilité, ne vous laissez pas entraîner dans le cycle sans fin des vengeances, ne soyez pas les esclaves de la haine comme l’étaient ceux qui ont pris nos vies. » Oui, la mort de ceux que nous aimons doit nous aider à devenir différents. Elle doit nous permettre d’évoluer, de nous changer : à quoi servirait-il de ressembler à nos bourreaux ? Cela demande d’accepter la solitude, celle que ressentent ceux qui se postent à l’avant-garde de la Fraternité telle cette vieille femme serbe, abandonnée par les siens et qui déclarait à un journaliste : « Ils n’ont pas voulu de moi parce que j’aime bien les albanais. » Suivre l’Amour du prochain demande en effet d’assumer seul certaines épreuves afin que d’autres, par la suite, puissent les dépasser plus facilement.
Geoffroi  |