| Désinformation |
19 décembre 1999 |
Les autorités russes ont entamé une campagne de désinformation en règle destinée à endormir leurs propres concitoyens et à étouffer les protestations de la communauté internationale. En effet, Moscou a tout intérêt à conserver le soutien de sa population au moment même où celle-ci s’apprête à se rendre aux urnes : il importe donc au plus haut point qu’elle ignore la mort des nombreux soldats russes qui tombent dans Grozny. De même, le gouvernement n’a aucune envie de voir s’envoler les aides financières allouées par l’Occident.
Les autorités se voient donc forcées de pratiquer l’équilibrisme, annonçant d’une part que Grozny tombera dans quelques jours et affirmant, d’autre part, sa préoccupation concernant le sort des civils tchétchènes. En réalité, Moscou n’a cure ni des uns ni des autres : une colonne de blindés, entrée dans Grozny pour en vérifier la résistance, a été décimée par les combattants tchétchènes, laissant plus d’une centaine de soldats russes sur le terrain. Les témoignages de journalistes étrangers ont fait éclater l’affaire que le pouvoir s’employait à cacher, déclenchant la fureur des services secrets russes. Par ailleurs, des reportages parviennent aux médias de l’Ouest montrant l’état apocalyptique de Grozny du fait des bombardements qui touchent principalement les enfants, les femmes et les vieillards.
En d’autres termes, c’est un schéma bien connu qui est en train de se répéter en Tchétchénie : après la prise de Grozny, les russes devront faire face à des opérations de guérilla menées par les tchétchènes réfugiés dans les montagnes. Les pertes en hommes se feront alors de plus en plus nombreuses, exaspérant l’opinion publique russe qui considérera de plus en plus ce conflit comme une sale guerre. Le pouvoir, aujourd’hui porté aux nues pour la correction qu’il administre à des « terroristes », finira dans la boue pour avoir envoyé à la mort des milliers de jeunes gens et trompé le monde entier sur ses intentions. Les médias ne manqueront pas alors de rappeler ce qui se passe actuellement dans Grozny où ce sont principalement des russes qui tombent sous les bombes, restes d’une population qui vivait en bonne entente avec les tchétchènes... Par nature, la désinformation est une bombe à retardement qui finit toujours par exploser à la figure de ceux qui l’ont amorcée, signe parmi d’autres que la négativité conduit immanquablement à l’autodestruction.
Geoffroi
Lectures conseillées :
>> La Mystérieuse Ascension de Vladimir Poutine - Pierre Lorrain : En août 1999, l'Occident découvre Vladimir Poutine. Ancien agent du KGB, l'homme est encore un parfait inconnu. Quelques mois plus tard, il devient président de la Russie.
Pierre Lorrain, auteur de plusieurs livres sur la Russie, retrace le parcours rempli de zones d'ombres de Vladimir Poutine, et expose l'évolution de la vie politique russe, notamment les dernières années de la présidence de Boris Eltsine. On y découvre une ambiance fin de règne, faite d'intrigues rocambolesques et de corruption à grande échelle, où les plus criminels ne sont pas toujours ceux que l'on croit. Tout le mérite de ce livre est en effet d'ébranler quelques dogmes médiatiques, qu'ils concernent les attentats meurtiers de Moscou en 1999, la guerre en Tchétchénie ou les fameux oligarques du Kremlin. Pierre Lorrain dénonce le sensationnalisme et la part de fantasmes qui ont trop souvent tendance à irriguer l'information sur la Russie, où les rumeurs circulent plus vite que la vodka et où la fiabilité des témoignages est souvent douteuse. Ce qui ne l'empêche pas de narrer les plus savoureuses de ces anecdotes, comme cette légende qui fait de Poutine un descendant de Raspoutine...
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>> Tchétchénie : Le déshonneur russe - Anna Politkovskaïa, André Gluksmann (Préface), Galia Ackerman (Traduction) : Depuis août 1999, Anna Politkovskaïa, grand reporter du bihebdomadaire Novaïa Gazetta, s'est rendue plus d'une quarantaine de fois en Tchétchénie pour couvrir la guerre, la seconde, qui frappe cette petite République. Pour elle, c'est l'avenir même de la Russie et ses chances d'accéder à une véritable démocratie qui sont enjeu. Décrivant le calvaire de la population tchétchène, elle montre que la poursuite du conflit le rend de plus en plus incontrôlable. La violence absolue favorise la minorité tchétchène la plus extrême, au détriment de la majorité acquise aux idées occidentales, et déshumanise les combattants des deux camps. Les militaires russes pillent, violent et tuent en toute impunité, les combattants tchétchènes sombrent dans la délation et les règlements de compte, dévorés par le désir de vengeance d'un côté, et les exigences cyniques de la survie de l'autre, basculant parfois dans la criminalité pure et simple. Et finalement, ces pratiques finissent par gangrener moralement toute la société. Pour Anna Politkovskaïa, qui n'épargne pas l'actuel président russe Vladimir Poutine, cette spirale infernale trouve son origine dans la tradition d'un pouvoir qui a besoin d'un ennemi - bouc émissaire -, pour lui faire porter le poids des malheurs - réels - des Russes, dans la difficile période du postcommunisme.
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>> Chienne de guerre - Anne Nivat : Entre la Mer Caspienne et la Mer Noire, au sud-ouest de la Russie, se déroule depuis de longs mois une "chienne de guerre". Anne Nivat a tenu à se rendre sur place afin que cette guerre ne soit pas trop vite oubliée, ni cachée aux yeux du monde. Elle visite les villages, arpente les montagnes, multiplie les rencontres. Partout c'est l'incompréhension. Beaucoup de civils fuient vers la province d'Ingouchie. Ils laissent derrière eux des maisons ruinées, calcinées, et ne comprennent toujours pas les causes de l'acharnement des Russes. Comme le dit Oumar, soldat de la cause tchétchène : "Ici tout le monde nous traite comme des chiens... Je ne suis pas un bandit ! Je suis quelqu'un de parole. Je défends ma patrie". Témoignage fort sur les ravages de la guerre : Anne Nivat a vécu le quotidien d'un pays qui entre en résistance. Comme tout le monde, réfugiée dans les caves, elle a prié sous les bombes. C'est l'importance de cette intégration au coeur du peuple tchétchène qui fait de son livre un vrai grand reportage de journaliste.
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