| Informés ou informes ? |
17 décembre 1999 |
Knut Vollebaek, actuel président de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, est rentré de son voyage en Tchétchénie et devrait en exposer les résultats aux ministres des affaires étrangères réunis aujourd’hui au sein du G8. Les autorités russes sont restées sourdes à ses tentatives de médiation, refusant de dialoguer avec le président tchétchène Aslan Maskhadov et persistant dans leur volonté d’anéantir Grozny sans se soucier le moins du monde des 30 000 femmes et enfants qui s’y trouveraient encore. Ironie du sort, le thème central du sommet du G8 devait évoquer « la prévention des conflits »...
Des élections législatives devant avoir lieu dimanche en Russie, Moscou ne fera aucune concession d’ici la semaine prochaine. De plus, la décision de l’OTAN et des Etats-Unis de ne pas prendre de sanctions à l’encontre des russes limite considérablement la portée des pressions que l’Europe peut exercer sur le gouvernement de Vladimir Poutine, si tant est qu’elle ait réellement la ferme volonté de lui tenir tête.
Les observateurs de l’actualité que nous sommes se retrouvent, une fois de plus, seuls avec le même sentiment d’impuissance face à la barbarie. Le déluge de détresse qui nous assaille quotidiennement par le biais des médias pourrait bien, avec le temps, faire basculer certains d’entre nous dans le cynisme ou la dépression : d’informés que nous sommes, allons-nous progressivement devenir « informes » c’est-à-dire indifférents à la violence, fatalistes devant les conflits et pessimistes quant à l’avenir de ce monde ? C’est le risque que nous fait courir la société de l’information dont nous sommes les enfants : si nous ne nous impliquons pas personnellement dans l’édification d’un monde plus fraternel, le spectacle de la misère de nos semblables finira par marquer négativement notre psychisme, nous faisant, peu à peu, perdre confiance en la Vie.
Geoffroi
Lectures conseillées :
>> Un témoin indésirable - Andreï Babitski : Dans un livre politiquement incorrect, Andrei Babitski, -célèbre journaliste russe dont l'enlèvement à fait la une des journaux il y a deux ans- jette une lumière nouvelle sur la guerre entre la Russie et la Tchétchénie. S'appuyant sur sa connaissance du Nord-Caucase, il révèle les motivations et les responsabilités des deux camps depuis dix ans. Ses contacts personnels et sa réputation de probité lui ont permis de faire son métier de reporter jusque dans les montagnes du sud du pays, d'accès très difficile. Il a vu la guerre et ne montre aucune complaisance à l'égard de l'armée russe corrompue ; sans mission ni discipline, pas plus qu'envers les chiens de guerres tchétchènes. Le premier livre qui lève le voile sur la politique de Vladimir Poutine au Nord-Caucase.
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>> Le Chardon tchéthène : Sous le rouleau compresseur russe - Laurence Binet : Depuis bientôt dix ans, les Tchétchènes tentent de résister à l'occupation russe. Sous prétexte de lutter contre le terrorisme, l'armée russe se livre à une opération de destruction de ce peuple, tandis que la communauté internationale détourne les yeux. Maaka, 17 ans, raconte ses neufs dernières années dans la Tchétchénie en guerre : la faim, le froid, l'absence de soins, l'humiliation, sa famille décimée par les bombes et la terreur russes. L'exil comme seul échappatoire. Jeune appelé de l'armée russe, Pavel est envoyé contre son gré pour faire la guerre en Tchétchénie. Dans des lettres qu'elle ne reçoit pas, censure militaire oblige, il raconte à sa mère, Olga, comment l'armée russe les déshumanisent, lui et ses camarades, pour mener une guerre contre les civils. De son côté, Olga s'engage auprès du Comité des Mères de soldats qui luttent contre le recrutement forcé des jeunes Russes et les pratiques odieuses de l'armée.
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>> Fédération de Russie : Un pays sans véritable justice - Amnesty International : Dans toute la Fédération de Russie, de graves atteintes aux droits humains et au droit international humanitaire sont commises par des responsables de l'application des lois et des membres des forces de sécurité. Hommes, femmes et enfants placés en détention sont presque systématiquement torturés ou victimes de mauvais traitements. Dans les centres de détention provisoire, surpeuplés et insalubres, les conditions de vie sont assimilables à un traitement cruel, inhumain ou dégradant. Selon de nombreuses informations dignes de foi, la Tchétchénie est le théâtre d'agressions contre les civils, de viols, de " disparitions " et d'exécutions extrajudiciaires imputables aux forces russes. Amnesty International dénonce l'impunité qui règne dans la Fédération de Russie et qui ne fait que perpétuer les atteintes aux droits humains. Ce rapport attire également l'attention sur les obstacles qui empêchent les victimes - femmes, enfants et membres de minorités ethniques ou nationales en particulier - d'obtenir réparation. La publication de ce rapport coïncide avec le lancement de Justice pour tous !, campagne mondiale d'Amnesty International en faveur des droits humains dans la Fédération de Russie.
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