| Les autres... |
17 juillet 1999 |
Lorsqu’il est arrivé à Pristina, Ibrahim Rugova ne portait plus sa célèbre écharpe de soie, symbole de l’étouffement du Kosovo opéré par le régime de Belgrade. Ses premiers mots furent d’abord pour exprimer sa joie d’être à nouveau chez lui, dans son pays libéré et repeuplé. Après avoir remercié la communauté internationale pour son intervention, le président Rugova s’est dit très optimiste quant à la tenue d’élections d’ici quelques mois et confiant dans le relèvement de son pays et l’avènement de la démocratie. Considérant la tragédie que vient de subir la population kosovare, nous avons tous envie de nous réjouir avec lui de la renaissance de cette région. Toutefois, nous ne saurions nous focaliser exclusivement sur le Kosovo au point d’en oublier nos frères et sœurs qui continuent de souffrir à travers le monde sans que cela émeuve outre mesure les pays occidentaux.
Il y a par exemple le drame vécu par les Kurdes depuis si longtemps : 30 millions de personnes réparties entre cinq pays et qui attendent toujours qu’on leur accorde l’autonomie. Il y a aussi le Tibet : cette année, cela fait quarante ans que le dalaï-lama a dû quitter Lhassa sous occupation chinoise... Bref, beaucoup trop d’hommes et de femmes que nous voudrions voir rentrer chez eux libres ou vivre en sécurité sur leur territoire. Aujourd’hui, le combat en faveur des droits humains mobilise un grand nombre d’individus. Mais il est malheureusement très faible relativement à l’ampleur des problèmes et à leurs effets sur notre quotidien. Ce second point, trop peu évoqué, est pourtant d’une importance vitale : l’être humain n’est en aucun cas isolé de ses semblables et, en dehors même de toutes considérations spirituelles ou éthiques, nous ne pouvons faire semblant d’ignorer les inégalités démesurées qui opposent, par exemple, le nord et le sud... En d’autres termes, le souci des droits humains ne relève pas tant de la moralité que de la cohérence : ne penser qu’à nous-mêmes conduit irrémédiablement à l’autodestruction.
Geoffroi
Lectures conseillées :
>> Les droits humains - Amnesty International : Construit autour d'études de cas (Kosovo, Indonésie, Algérie, Afrique du Sud). Amnesty international explique pourquoi le non-respect des droits humains doit être considéré comme un facteur de guerre.
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>> La question du Kosovo - Ibrahim Rugova, Marie-Françoise Allain, Xavier Galmiche : Les malheurs que vit le Kosovo durant la guerre civile en ex-Yougoslavie.
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>> Tibet mort ou vif - Pierre-Antoine Donnet, Élisabeth Badinter (préface) : Tibet magique, Tibet martyr. L'une des tragédies de cette fin de siècle se joue actuellement au Pays des Neiges. Depuis son invasion par la Chine en 1950, le Tibet est asservi et colonisé. Pour rompre le silence, Tibet mort ou vif veut d'abord informer. Recueillis auprès des protagonistes tibétains aussi bien que chinois, une multitude de témoignages inédits et de documents exclusifs offrent un regard neuf sur ce choc de deux grandes civilisations dont les répercussions sont incalculables. Chef spirituel et temporel de six millions de Tibétains, le dalaï-lama, prix Nobel de la paix 1989, y exprime son parti pris de tolérance et de non-violence. Avant qu'il ne soit trop tard...
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>> Génocide en Irak : La Campagne d'Anfal contre les Kurdes - Human Rights Watch : Les documents étudiés par la section du Moyen-Orient de Human Rights Watch permettent de faire l'histoire de ce qui s'est passé dans le Kurdistan irakien de mars à septembre 1988 : arrosage de villes et de villages au gaz, massacre des hommes, des femmes et des enfants, établissement de camps de concentration, de prisons parfois meurtrières, fusillades en masse, tortures diverses. Ils permettent, grâce aux enquêtes qui les accompagnent, non, bien évidemment, de faire parler les morts, mais de reconstituer nombre d'histoires individuelles, celles de femmes et d'hommes qui ont échappé aux assassins. Si cette étude ne laisse aucun doute sur la volonté de tuer, elle permet de voir que, même au sein de la bureaucratie, de l'armée et de la police irakiennes, il y eut des hommes qui surent se comporter avec humanité. Il ne s'agit pas de condamner un peuple, mais d'analyser une pratique qui fut, je le dirai aussi nettement que possible, monstrueuse. Et pourtant personne n'a enlevé Saddam Hussein pour le traduire devant la Cour de justice internationale de La Haye.
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