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Nos propres forces
14 octobre 1999


Après l’autorisation donnée à Abraham Serfaty, le célèbre opposant marocain, de rentrer dans son pays, c’est au tour de la famille Ben Barka d’avoir obtenu les papiers nécessaires. Pour tous les militants des droits humains, pour les familles de tous ceux qui disparurent dans d’obscures circonstances ou furent emprisonnés arbitrairement sous le règne d’Hassan II, l’espoir de connaître la vérité et d’obtenir réparation renaît.

Peu à peu, le roi Mohammed VI semble ainsi répondre aux attentes de son peuple. Il a manifesté clairement sa volonté de s’attaquer aux fléaux qui touchent le Maroc : chômage, pauvreté, analphabétisme, corruption... pour n’en citer que quelques-uns. Dans son récent discours, le souverain s’en est même pris sévèrement à l’administration dont la léthargie est, selon lui, incompatible avec les nouvelles orientations du pays. Bref, un vent de libéralisation et de démocratie est en train de souffler sur ce pays et sa population, totalement focalisée sur le jeune monarque, se prend à rêver à la prospérité.

C’est donc un poids considérable qui pèse sur les épaules d’un seul homme, une charge particulièrement écrasante puisqu’aucun individu, même armé de la meilleure volonté du monde, ne pourrait concrétiser les espoirs de toute une nation. Au-delà de la détresse matérielle qui plonge beaucoup d’êtres humains dans le fatalisme, leur donnant la sensation de vivre une bataille perdue d’avance, il y a une profonde misère spirituelle : un manque de spiritualité, de contact direct avec le divin, qui pousse les individus à se considérer comme des coquilles de noix ballottées par les flots hasardeux de la dysharmonie... Et, de la même manière qu’ils croient en un dieu extérieur à eux, ils comptent sur le premier dirigeant vertueux pour combler leurs frustrations. Ce faisant, ce n’est rien moins que leur pouvoir créateur qu’ils abandonnent.

Que nous soyons chômeurs dans un pays riche ou miséreux dans une nation en voie de développement, nous sommes d’abord des créatures douées d’un potentiel inouï qui existons par et pour autre chose que notre condition sociale. Si un gouvernement peut participer à nous placer dans une situation plus confortable matériellement, nous ne devons compter que sur nos propres forces pour nous libérer de la chape qui recouvre notre divine essence et nous rend esclave de bien des illusions produites par ce monde.

Geoffroi Contact


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