| Toute la misère du monde |
14 juin 1999 |
Les différentes composantes de la K.F.O.R. sont maintenant en passe de rejoindre les zones qui leur ont été affectées au Kosovo selon leur nationalité. Les anglais ont installé leur quartier général à Pristina, les allemands sont plus au sud, les français seront au contact avec la Serbie et les américains tiendront la frontière avec la Macédoine... Bref, la force internationale de maintien de la paix se déploie lentement tandis que les troupes serbes se hâtent de quitter la place, s'efforçant d'effacer les traces de leurs forfaits. Avec leur départ commence l'exode pour de nombreux civils qui craignent des représailles de la part des kosovars ou des attaques de l'U.C.K. Et ce sont les mêmes cortèges de voitures et de tracteurs qui encombrent à nouveau les routes et un même sentiment d'abandon qui s'installe dans les esprits.
Pour les serbes cependant, les choses ne sont pas aussi « claires » que pour les kosovars : certains se sont appropriés les biens de leurs voisins et fuient en les emportant, d'autres ont participé à des exactions... Ainsi, la détresse prend facilement les traits du cynisme chez les êtres qui ont perdu tous repères, comme en témoignent les paroles de cette jeune femme serbe sur la route de l'exode, disant : « les kosovars sont partis en pleurant mais nous, nous partons en riant ! » Ces quelques mots lâchés devant des caméras de télévision suffisent pour aggraver le sentiment de mépris, voire de haine, que peuvent éprouver beaucoup de personnes à l'égard du peuple serbe. De sorte qu'une petite phrase relayée par les médias peut faire un mal incalculable à toute une population. Pire encore, les massacres et les crimes commis par des milliers de miliciens, de soldats et de policiers serbes rejailliront sur des millions d'êtres humains dont le seul tort est de vivre dans cette région des Balkans. Oui, par le biais des médias, nous sommes juchés sur une sorte de promontoire qui domine toute la misère du monde et depuis lequel nous jugeons globalement les événements qui défilent sous nos yeux sans pouvoir distinguer les personnes qui s'y trouvent impliquées. Et dans nos sociétés où il est habituel d'avoir un avis sur tout, nous accumulons en nous des masses impressionnantes de conditionnements. Alors, peut-être est-ce l'occasion de faire nôtre cette règle simple : les actes négatifs commis par l'un de nos frères n'engagent que lui mais les nôtres engagent toute l'humanité...
Geoffroi  |