| Pluralité ethnique |
12 juillet 1999 |
Pour protester contre les violences dont la population serbe fait actuellement l'objet au Kosovo, ses représentants ont décidé de rompre toutes relations avec la K.F.O.R. Il faut dire que la situation devient chaque jour plus intenable pour ces gens qui sont en permanence menacés de mort et auxquels les soldats répondent qu'ils n'ont pas les moyens d'assurer leur protection. Dans un tel climat, la pluralité ethnique du Kosovo semble à certains comme relevant de l'utopie. Ce n'est cependant pas l'avis du chef de l'U.C.K, Hashim Thaçi, qui plaide pour un Kosovo indépendant et multiethnique, affirmant, dans les colonnes du journal Libération, qu'il faudra « permettre le retour des serbes ».
Du point de vue qui nous intéresse, à savoir la fraternité, l'enjeu est particulièrement vital, non seulement pour les peuples de la région mais pour l'humanité entière. Il ne saurait se traduire en termes politiques mais spirituels : en effet, l'important n'est pas que des groupes d'individus se voient contraints de cohabiter au nom d'on ne sait quel principe géopolitique. Non, ce qui compte, c'est que les membres des différentes communautés aient, tout d'abord, le désir de se respecter. D'ici quelques années, le Kosovo constituera une province autonome au sein de la Serbie démocratique ou bien une nation indépendante. Là n'est pas l'essentiel, même si le souhait de la majorité des habitants du Kosovo va naturellement à l'indépendance.
La vraie question réside dans ce que les kosovars vont faire de leur liberté retrouvée : vont-ils continuer de se laisser aller à la vengeance ou vont-ils prendre conscience de leur responsabilité, sinon face à la fraternité, du moins face au droit international ? Dans le premier cas, ils bâtiront leur société sur l'injustice, alimentant ainsi des haines séculaires qui se retourneront contre eux. Dans le deuxième cas, ils montreront leur capacité à construire une société tolérante, débarrassée des poids du passé et qui deviendra vite un modèle pour ses voisins. Dès lors, nous ne parlerons plus de communautés albanaise ou serbe, mais d'individus capables de travailler et de vivre ensemble. Des hommes et des femmes, tout simplement.
Geoffroi  |