| Extradition |
9 octobre 1999 |
La justice britannique vient d’autoriser l’extradition d’Augusto Pinochet vers l’Espagne. L’ancien dictateur chilien n’est cependant pas prêt de se retrouver dans les bureaux du juge Garzon qui est à l’origine de l’affaire : ses avocats ont à leur disposition tout un arsenal de procédures avant d’en arriver là et parlent déjà de déposer un recours contre la décision des juges londoniens. Par ailleurs, les diverses maladies dont le sénateur Pinochet serait atteint permettent à ses défenseurs de constituer un important dossier médical susceptible de jouer en sa faveur au cas où, par exemple, le dossier échouerait finalement entre les mains du ministre de l’intérieur, Jack Straw.
Pour le moment, aucun jugement n’a encore été prononcé à l’encontre de l’ex-dictateur. Il s’agissait seulement pour les juges d’estimer si la gravité des faits et leur universalité pouvaient justifier une extradition : leur réponse affirmative ne faisait pas de doute pour les spécialistes tant l’acte d’accusation était impressionnant, accumulant tous les styles de tortures en usage sous le régime militaire du général Pinochet et ordonnés par lui.
Les organisations humanitaires, Amnesty International en tête, se félicitent aujourd’hui de l’arrêté britannique qu’elles considèrent comme un pas historique accompli dans la bonne direction, celle qui devrait mettre fin à l’impunité des puissants. Pour les défenseurs des droits humains, il s’agit maintenant de faire en sorte que les états ratifient le traité qui, l’année dernière à Rome, a jeté les bases de la Cour Pénale Internationale. A l’avenir, il est assurément préférable que les dictateurs soient jugés devant une cour internationale pour éviter que des querelles entre nations - comme ici, l’Espagne et le Chili - ne fassent oublier l’enjeu primordial de cette affaire qui est de rendre justice à des milliers d’hommes et de femmes ayant subi des préjudices considérables.
Lorsque il sera admis par toutes les nations que les puissants de ce monde doivent eux aussi répondre de leurs actes, alors, une justice plus spirituelle pourra voir le jour qui donnera la possibilité aux criminels de réparer et aux victimes de trouver la paix par le pardon.
Geoffroi
Lectures conseillées :
>> La Folie de Pinochet - Luis Sepùlveda, François Gaudry (Traduction) : "J'écris parce que j'ai une mémoire et je la cultive en écrivant..." C'est cette mémoire qui nous rappelle l'existence d'un autre 11 septembre en 1973. Ce jour-là, le général Pinochet prit le pouvoir au Chili, avec l'aide de la CIA, en assassinant la démocratie et des milliers de citoyens de ce pays. Le président de la République, Salvador Allende, mourut dans le palais de la Moneda bombardé et une répression sanglante s'abattit sur le pays. Luis Sepulveda en fut victime, comme tant d'autres Chiliens. Le 16 octobre 1998, Pinochet fut arrêté en Angleterre à la demande du juge espagnol Baltazar Garzon, puis remis au Chili parce que souffrant de folie. Luis Sepulveda a écrit entre l'automne 1998 et 2000 dans différents journaux comme La Reppublica en Italie, El Pais en Espagne, TAZ en Allemagne, Le Monde en France, des textes entre articles politiques, chroniques et littérature, pour évoquer ces événements et leurs conséquences. Tous ces textes explorent la mémoire des vaincus qui ne veulent ni oublier ni pardonner.
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>> Exorciser la terreur : L'Incroyable et Interminable procès du général Augusto Pinochet - Ariel Dorfman : L'histoire a parfois la mémoire courte et, dans la plupart des pays du monde, lorsqu'est évoquée la date du 11 septembre, ce sont aussitôt les images des avions se fracassant contre les tours du World Trade Center qui viennent à l'esprit. Pour le peuple chilien, le 11 septembre est une date imprimée au fer rouge dans la conscience collective. Il s'agit du 11 septembre 1973. Ce jour-là, un putsch renverse le gouvernement démocratique du président Salvador Allende et instaure un régime dictatorial, celui du général Pinochet. Ce jour-là, le Chili entre dans une période de répression d'une brutalité inouïe. Tortures, disparitions, exécutions de milliers d'opposants marquent à jamais le pays et causent une fracture que le retour récent à la démocratie n'a pas encore totalement effacée. Retiré du pouvoir en 1990, mais protégé par son auto-amnistie et son immunité parlementaire, Augusto Pinochet, l'homme qui a ce sang sur les mains, pensait pouvoir couler de vieux jours en toute tranquillité. C'était compter sans l'obstination des familles des disparus et de leurs avocats. Exorciser la terreur relate, épisode par épisode, la chronique de l'envoi de Pinochet devant le tribunal de l'Histoire. C'est aussi une réflexion sur le Mal, la justice, la responsabilité, les droits de l'homme à vivre dans la dignité.
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>> Le cas Pinochet : Justice et politique - Michel Pinçon, Monique Pinçon-Charlot : À travers un témoignage très personnel, les auteurs s'interrogent sur les relations entre la justice et le pouvoir politique à propos du cas Pinochet. L'idée de ce livre est née d'une double rencontre. D'une part avec la jeune fille qu'ils parrainent depuis que son père, militant communiste clandestin, a été enlevé par la police politique, en 1976, et a disparu. D'autre part avec le juge Juan Guzmàn qui a inculpé le dictateur. Les auteurs présentent dans un style clair et sobre les tensions, les difficultés de tous ordres, politiques et sociales que doit affronter le juge qui est soutenu dans son combat par les familles des victimes. Ce reportage au cœur du Chili d'aujourd'hui interroge les ambiguïtés d'un rapport au passé qui trouble les frontières sociales et politiques habituelles. Il permet aussi d'éclairer une partie des difficultés de la mise en place d'une justice internationale à compétence universelle.
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>> Le tribunal pénal international : Gardien du nouvel ordre mondial - John Laughland : C'est une dangereuse illusion d'imaginer que les Etats puissent être gouvernés par des gardiens qui, eux, ne rendent de comptes à personne. Il serait grave qu'au début du XXIe siècle, l'humanité oublie cette leçon fondamentale de toute politique - à savoir que la justice consiste dans l'équilibre - et qu'elle s'achemine ainsi, au nom de principes universels et abstraits, vers un nouveau système de pouvoir mondial, détaché de tout contre-pouvoir réel.
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