Le Pape Jean-Paul II vient de lancer un appel pour l’annulation de la dette qui pèse si lourdement sur les pays les plus pauvres de la planète. Le Saint Père a évoqué la nécessité de bâtir un monde plus solidaire afin d’éviter ce qu’il considère comme une « catastrophe générale ». Il a également exhorté les gouvernements concernés par cette grave question à faire preuve de générosité au moment où la chrétienté s’apprête à célébrer le Jubilé de l’an 2000.
Il est de notoriété publique que les prêts consentis au Tiers-Monde n’ont en rien bénéficié aux plus pauvres. Il les ont au contraire encore plus cruellement acculés à la misère. Au départ, l’argent octroyé par les pays occidentaux a servi à armer des dictatures et à hausser le train de vie d’une élite. Puis, lorsque les taux ont commencé d’augmenter au début des années 80, les pays défavorisés ne cessèrent d’emprunter pour parvenir à rembourser seulement les intérêts de leur dette. Les gouvernements créanciers imposèrent alors à leurs débiteurs des programmes économiques très stricts visant à les rendre plus solvables. Ce sont bien entendu les secteurs de l’éducation, de la santé, des services sociaux et de l’emploi qui furent les premiers à pâtir de ces programmes d’ajustement structurel.
Aujourd’hui, 32 pays du Tiers-Monde - dont les 3/4 en Afrique - sont incapables de rembourser leur dette. Certains d’entre eux, qui étaient sur la voie du développement il y a quelques décennies, connaissent à présent une terrible récession du fait des erreurs de leurs dirigeants et des spéculations des états occidentaux. Ils ne sont pas les seuls à souffrir : la pauvreté a conduit un grand nombre de ces pays à accroître au maximum la rentabilité de leur terre, participant ainsi à la destruction de l’environnement, tandis que d’autres se sont tournés vers le trafic de drogue au niveau international, dont les effets dévastateurs frappent de plein fouet les pays riches...
Il est vital que ces derniers se prononcent enfin en faveur de l’annulation unilatérale de cette dette et permettent à des centaines de millions d’hommes et de femmes de sortir lentement de la misère. Cela ne constituerait pas un acte de générosité remarquable mais simplement une rupture avec une très ancienne habitude : celle qui a consisté à exploiter systématiquement les pays du sud durant des siècles. Ce serait un bon début...
Geoffroi  |