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Remise en cause
1er juin 1999


Aux journalistes qui l'interrogeaient sur la quatorzième bavure de l'O.T.A.N. – la mort de 20 personnes dans la destruction d'un sanatorium – le porte-parole de l'Alliance répondit avec agacement en citant les dernières statistiques relatives au drame kosovar : 550 000 personnes déplacées, 893 000 réfugiés dont 75% de femmes et d'enfants, 6000 exécutions... Nous pouvons, sans risquer de nous tromper, imaginer que les propos du porte-parole de l'O.T.A.N. sont mûrement réfléchis et traduisent l'état d'esprit des militaires. Ces paroles ont donc pour but de signifier à l'opinion publique le message suivant : « à côté des exactions ignobles commises par les forces serbes, nos erreurs n'ont que peu d'importance ». Et l'on serait tenté d'ajouter : « en outre, nous ne le faisons pas exprès ». Voilà à peu près la couleuvre que l'on voudrait nous faire avaler.

Comme nous l'avons déjà dit, le problème est surtout que si l'objectif de l'O.T.A.N. n'est pas d'exterminer le peuple serbe, la méthode qui consiste à le soumettre à la pression permanente des bombardements est barbare et la destruction de son économie est criminelle. Mais voyons à présent un autre aspect de cette tragédie. Nous sommes, en effet, en droit de nous demander jusqu'où la logique de la violence conduira les militaires : si l'Alliance a causé la mort de 1500 serbes contre 6000 kosovars, arrêtera-t-elle ses frappes lorsqu'elle parviendra à 5999 tués ? De même, changera-t-elle de stratégie lorsqu'elle aura forcé le déplacement de centaines de milliers de serbes ? Ou bien doit-on mesurer les conséquences économiques et stopper les destructions d'usines, de ponts ou d'hôpitaux lorsque le niveau de vie de la population serbe aura atteint celui des albanais ? Quelle absurdité ! C'est à croire que les militaires se disent qu'il leur reste une certaine marge de « dommages collatéraux » qu'ils peuvent provoquer sans que la moralité de leur action n'en soit discréditée...

Revenons donc à quelques notions plus humaines. La justice, le droit et la morale ne se commettent pas avec la violence. Ils ne sauraient utiliser les mêmes moyens, lesquels conduisent finalement à ne plus pouvoir distinguer le comportement juste de l'injuste. On ne peut accorder un premier prix de morale à l'O.T.A.N. sous le prétexte qu'elle a causé moins de morts que son ennemi et que cela n'est pas son désir. L'Amour du prochain doit susciter bien d'autres comportements et, notamment, celui qui consiste à se remettre en question et à considérer ces prétendues « bavures » comme étant de la plus haute gravité de façon à en tirer immédiatement les leçons. La justice et la morale ne sont rien si elles n'incitent pas à se remettre en cause pour évoluer.

Geoffroi Contact


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