| Mysticisme
et mystification... |
Lundi 31 mars 2003
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Jeudi dernier, le Congrès américain a adopté
une
résolution instituant une journée “d'humilité, de prière
et de jeûne”. Il revient à présent au président Bush de choisir
une date à laquelle la nation sera invitée à se tourner vers
Dieu dans le but, entre autres, « de demeurer solide face aux
épreuves qui lui sont présentées ». Il s'agit, selon les membres
du Congrès, « d'obtenir la bénédiction et la protection de la
Providence pour le peuple des Etats-Unis et les forces armées
durant le conflit en Irak et face à la menace terroriste sur
le territoire national ».
Ce n'est pas la première fois que les Etats-Unis font appel
à la puissance céleste. La résolution 153 nous rappelle ainsi
que les députés de Virginie avaient appelé au jeûne et à la
prière en 1774, pour exprimer leur solidarité à l'égard de la
population de Boston assiégée. Par la suite, le Congrès Continental
faisait de même, sous le prétexte que les libertés de l'Amérique
étaient menacées. Un siècle plus tard, c'est Abraham Lincoln
qui éprouvait la nécessité de demander pardon à Dieu pour les
péchés de la nation... 140 ans se sont écoulés et voilà que
des politiciens américains s'en remettent à nouveau au Ciel
dans le but avoué de « produire unité et solidarité à travers
les différentes couches de la population et de s'attirer la
bienveillance de Dieu ».
Quelle confusion ! A lire la résolution du Congrès, il y a peu
de chances que l'administration actuelle réalise l'unité du
peuple américain. Une partie importante de la population prie,
en effet, pour exprimer sa compassion à l'égard des habitants
de Bagdad sur le point d'être assiégés. Et les mêmes hommes
et femmes demandent certainement à Dieu d'intervenir pour que
leur gouvernement cesse d'attenter à leurs libertés fondamentales
et, par la même occasion, pour que la nation soit lavée des
fautes de ses dirigeants... Qu'il est dangereux de jouer ainsi
avec de prétendues traditions religieuses lorsque l'on ne comprend
rien à la spiritualité qui est - faut-il le rappeler ? - une
affaire strictement individuelle soumise au libre arbitre de
chacun. Comme
l'a indiqué Dennis Kucinich, parlementaire démocrate, cette
résolution risque en outre « d'être perçue comme une tentative
d'injecter de la religion dans ce conflit au moment même où
les ennemis de l'Amérique affirment qu'il s'agit justement d'une
guerre de religion ».
On l'aura compris, cette démarche du Congrès ne peut qu'ajouter
de l'huile sur le feu. Qu'un gouvernement engagé dans une guerre
préventive, totalement illégale sur le plan du droit international,
ait en plus recours à la protection divine, voilà qui relève
de l'obscénité : c'est là, ni plus ni moins, une manière de
conserver une emprise sur le peuple en l'exhortant à faire front
commun dans l'adversité. Une façon pour le gouvernement de lui
dire : « vous pouvez ne pas être d'accord avec la politique
que nous poursuivons mais restons toutefois unis et demandons
à Dieu de nous éclairer ». Cela est déplaisant. L'on fait ainsi
appel aux sentiments religieux des gens de bonne volonté dans
le but de susciter une cohésion qui, en fait, n'a pas lieu d'être
: point de mysticisme ici, seulement de la mystification.
Car l'union ou la cohésion d'un groupe humain ne saurait en
aucun cas se fonder sur des bases négatives. La Paix seule est
créatrice d'union, paix entre les peuples et apaisement intérieur.
Cette Paix conduit à la Fraternité et non à la recherche de
son intérêt propre. Elle exige parfois d'envisager le sacrifice
de soi, mais jamais la mise à mort d'autrui. Tels sont les fondements
de l'union entre les êtres. Ils s'édifient tout au long de l'existence
et demandent bien des efforts. Rien à voir avec la dévotion
de pacotille auquel le malheureux peuple américain se voit aujourd'hui
convié !
Prier, c'est se recueillir, se recentrer sur le meilleur en
soi pour faire des choix justes. Ceux qui jour après jour accordent
la priorité à la justesse de leurs actions n'ont que faire des
invocations mentales à une divinité. Que celui qui veut être
protégé protège ses semblables sans exception ! Que celui qui
veut s'attirer la bienveillance de Dieu soit bienveillant envers
les autres ! Nul besoin de coire en qui ou quoi que ce soit
pour intégrer ces vérités premières que les philosophes et les
mystiques de toutes les civilisations enseignent depuis des
millénaires à l'humanité. Cela s'appelle aimer (autrui) et s'aimer
(soi-même). C'est simple comme “bonjour” encore que pour souhaiter
“bon jour” à son pareil, il ne faille pas le considérer comme
un ennemi...
Prier signifie également vouloir donner aux autres. Et lorsque
les circonstances empêchent de donner concrètement, c'est le
faire dans l'invisible, au fond de soi : relier son cœur pour
dépasser les différences, les incompréhensions, les haines.
Simplement se souvenir que les êtres humains forment une famille,
tous reliés par des liens impalpables qui leurs viennent tout
bonnement de ce qu'ils existent, tous réunis sur une même planète
et de fait responsables les uns des autres... Une réalité “énergétique”
dont il faut apprendre à tenir compte.
Le temps est venu d'accorder à l'existence des individus une
vraie et universelle valeur. Le temps est venu de dire que la
vie d'un être est importante, “sacrée” dans le sens où elle
est intouchable parce qu'elle reste toujours pleine de promesses,
parce qu'elle est mouvement. Faisons-le savoir aux “amis qui
s'ignorent” parce qu'ils méconnaissent ou dénient cette vérité
ou, si l'on préfère, cette nécessité : car il est nécessaire
à présent d'en passer par là pour que survive l'humanité.
Après avoir pris conscience de cela, l'on ressent que prier
signifie communiquer avec le cœur de l'autre. Et l'on peut alors
affirmer : « je ne suis pas en accord avec tes actions mais
je suis en accord avec ton existence, autrement dit ta nature
profonde, même si elle est dissimulée par des actes négatifs
qui la ternissent ». Alors personnellement, je dis à George
Bush et ses alliés : « je suis en opposition totale avec votre
entreprise de mort mais pour autant je n'ai rien contre vous.
En tant qu'être humain, je suis relié à vous quoi qu'il arrive
et puisque nous sommes un nombre grandissant à en avoir conscience,
je sais que cela est suffisant pour que vous ayez à votre disposition
tout ce qu'il vous faut pour faire de meilleurs choix ». Exprimons
ce qu'il y a de meilleur en nous : sachons dire « non ! » aux
actes, quand il le faut, mais toujours « oui ! » aux cœurs.
Une prédisposition naturelle, donc réaliste, avant d'être un
acte religieux, venant du fond de notre être et non d'un gouvernement
fatalement éloigné de son peuple et incapable de comprendre
son besoin essentiel d'humanité.
Geoffroi
Pour ceux qui connaissent le pouvoir créateur de la
prière,
une initiative de James Twyman :
> Demain
mardi, prière mondiale pour la Paix
En complément d'informations :
> Mille
mercis, président Bush, par Paulo Coelho
> Dieu
et l'Amérique (Le Monde)
> US
soldiers in Iraq asked to pray for Bush
Lectures conseillées :
>> Rupture dans la civilisation : Le révélateur irakien - Jacques Julliard : "La plus grande victoire de Ben Laden, ce n’est pas l’attaque contre les tours jumelles de Manhattan et les trois mille morts qu’elle a faits. Sa plus grande victoire, c’est le nouveau cours de la politique américaine. C’est le triomphe d’une philosophie qui par certains points s’apparente à la sienne : heurt de civilisations, primat de la force sur le droit. C’est l’éclatement de l’Occident qui s’ensuivit."
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>> Guerre à l'Irak : Ce que l'équipe Bush ne dit pas - Scott Ritter, William Rivers Pitt : En 1998, au terme de sept années de mission en Irak, Scott Ritter et les inspecteurs mandatés par les Nations unies ont confirmé la destruction de l'arsenal d'armes biologiques, chimiques et nucléaires de l'Irak. Pourquoi, dès lors, mener
une nouvelle guerre à l'Irak ? Scott Ritter et William Rivers Pitt analysent les raisons d'une guerre annoncée contre l'Irak par la Maison blanche et soulignent l'absence totale de liens entre Al Qaida et Saddam Hussein...
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