| Créer
une nouvelle culture |
Lundi 28 octobre 2002
|
En Russie, la prise d’otages opérée au cœur d’un théâtre
moscovite s’est achevée samedi de façon dramatique. Pressé d’en
finir avec le commando tchétchène, Vladimir Poutine n’a pas hésité
à ordonner l’assaut par les forces spéciales, lesquelles utilisèrent
des gaz incapacitants responsables, selon le dernier bilan, de
la mort de plus de 100 personnes... Du coup, il est fort probable
que le président russe ne va pas tirer longtemps profit de la
fermeté dont il a fait preuve pour gérer cette nouvelle crise
: déjà, les témoignages de soldats, de médecins et d’ex-otages
s’étalent dans la presse pour remettre en cause la version officielle
de l’assaut. Et tandis que la communauté internationale exprime
son soulagement - elle qui préfère aujourd’hui ignorer le sort
tragique de la population tchétchène - Vladimir Poutine se retrouve
face à une catastrophe qui pourrait bien lui être aussi préjudiciable
que le naufrage du Koursk, à mesure que croît le nombre d’otages
tués par les gaz.
Les autorités russes auraient-elles pu agir différemment et éviter
un aussi grand désastre parmi leur population ? “Non”, répondront
bien sûr les partisans inconditionnels de la violence comme solution
à tout conflit ; “oui”, diront ceux qui accordent davantage de
valeur à la vie humaine et préfèrent le compromis et la négociation
à l’expression de la force, tout en demeurant conscients que le
gouvernement russe est parfaitement inapte à raisonner en ces
termes, tant il est prisonnier de son propre appétit de puissance.
L’on notera, en la circonstance, que George Bush, Ariel Sharon
et Saddam Hussein s’empressèrent de congratuler Vladimir Poutine
pour son inflexibilité, montrant finalement qu’ils partagent les
mêmes valeurs, la même culture du pouvoir ou, plus prosaïquement,
les mêmes pulsions. Dès lors, comment ne pas éprouver le désir
et le besoin de s’élever un peu au-dessus des secousses terribles
qui frappent nos sociétés et dont les médias se font fidèlement
l’écho et de considérer ces “cataclysmes” avec un regard plus
global ? Comment alors ne pas être frappé par l’aspect apparemment
insoluble des innombrables crises qui défigurent notre monde,
qu’il s’agisse de la Tchétchénie, du conflit israélo-palestinien,
de la misère du peuple irakien, du terrorisme et de ses ramifications
dans les milieux financiers internationaux, et plus largement,
de la mondialisation au profit des nantis et de la destruction
des ressources premières de la planète (etc.) ?
Oui, nos sociétés “développées” ne savent fournir aucune solution
à ces graves problèmes. Pour faire face à une prise d’otages ou
pour décider de l’avenir du monde sur le plan écologique, nos
gouvernants réagissent avec leurs vieux réflexes qui consistent
à privilégier systématiquement les forts - qui sont aussi les
riches -aux dépens des faibles, et cela du nord au sud et de l’est
à l’ouest, témoignant ainsi qu’ils appartiennent tous à une même
culture en pleine autodestruction en ce début de millénaire. Les
événements douloureux qui touchent tant d’innocents en sont les
preuves tangibles et la façon dont les esprits vont en se radicalisant
laisse à penser que d’autres épreuves restent à venir qui conduiront
l’être humain, s’il le veut bien, à de nouvelles et fondamentales
prises de conscience. Mais le voudra-t-il ? Y aura-t-il suffisamment
d’hommes et de femmes de bonne volonté pour rejeter courageusement
l’antique culture du profit, de la réussite individuelle, du matérialisme
et du divertissement, sans pour autant devenir réactionnaires
? En réalité, ces hommes et ces femmes soucieux de laisser à leurs
descendants un monde où il fasse bon vivre, un monde de partage
et de respect d’autrui, existent ! Mieux, ils sont déjà très nombreux
et partagent, sans le savoir, les mêmes aspirations.
Pour s’en convaincre, il suffit de lire l'étude
conduite par le sociologue Paul Ray et la psychologue Sherry Anderson
au cours des 15 dernières années auprès de 100 000 personnes.
Ce travail monumental démontre en effet qu’une nouvelle civilisation
est en train de voir le jour, un vaste mouvement de fond qui pousse
des individus de tous horizons à se transformer et à s’engager
pour bâtir un monde plus conforme à leur idéal. Aux Etats-Unis,
ils sont déjà plus de 50 millions (et autant en Europe) à rejeter
le modèle égoïste et aveuglant imposé par la culture “moderniste”
dominante, préférant se conduire en êtres responsables d’eux-mêmes,
des autres et de l’univers dans lequel ils évoluent. Les caractéristiques
qui permettent de les identifier sont, à gros traits, les suivantes
: le respect de l’environnement, l’attirance pour les médecines
alternatives et l’alimentation bio, l’engagement social et humanitaire,
le désir de consommer de façon équitable, l’ouverture aux autres
cultures, le goût des relations humaines et de la convivialité,
l’intérêt pour tout ce qui favorise le développement harmonieux
de soi, tant psychologiquement que spirituellement, loin des cadres
traditionnels... L’ensemble répondant à un fort besoin d’authenticité
et d’implication personnelle et se manifestant par une approche
des problèmes faisant la part belle aux valeurs féminines. La
place des femmes dans la société à égalité avec les hommes constitue
d’ailleurs une priorité pour ces “créatifs culturels”, terme choisi
par Ray et Anderson pour définir ces nouveaux acteurs des changements
de demain.
L’aspect le plus étonnant de ce phénomène, c’est qu’il passe totalement
inaperçu. Le premier avantage est que cette absence d’intérêt
de la part des médias traditionnels démontre, s’il en était besoin,
que nous avons bien affaire à un changement culturel particulièrement
profond et non à un phénomène de mode. En revanche, l’inconvénient
évident est que ces “créatifs culturels” ignorent tout bonnement
ce qu’ils représentent réellement : un manque de conscience du
“nous” qui fait obstacle à l’émergence de cette nouvelle forme
de civilisation, si vivement désirée par tous ceux qui souffrent
de l’actuel chaos. En d’autres termes, alors que nous assistons
à la dégénérescence rapide d’un monde qui a montré douloureusement
ses limites, il y a toutes les raisons de garder espoir, mieux,
d’avancer avec confiance. N’avons-nous pas tous pensé, à un moment
ou à un autre, que nous étions bien peu nombreux à partager les
valeurs citées plus haut ? Ne nous sommes-nous pas fréquemment
désespérés devant notre hypothétique impuissance ? Le temps est
à présent venu de créer les structures qui permettront à ces millions
d’hommes et de femmes de communiquer et de mettre en commun leur
énergie pour édifier le monde paisible auquel nos enfants ont
droit.
Geoffroi
Lectures conseillées :
>> L'émergence des créatifs culturels - Paul H. Ray, Sherry Ruth Anderson : Au terme d'une enquête sociologique de 14 ans aux USA, les auteurs de ce livre ont repéré les représentations communes à plusieurs sous-groupes et identifié les créateurs d'une nouvelle culture en Occident. Ils les ont appelés les "Créatifs Culturels". Ils représentent 24% de la population et sont en rapide croissance. Ce livre s'adresse particulièrement à celles et ceux qui vivent ces valeurs au quotidien ; ils se reconnaîtront dans ces portraits et descriptions, découvriront qu'ils sont bien plus nombreux qu'ils ne croient, et oseront alors vivre au grand jour leurs convictions profondes.
Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !
>> L'engagement et les creatifs culturels nø31 -
Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !
~~~~~
| Les
Actualités |
[sélectionnées
par l'équipe de Fraternet]
|
Lula : un nouveau président pour le Brésil
Avec plus de 60% des suffrages, le candidat du Parti des travailleurs,
Luiz Inacio Lula da Silva, vient d'accéder à la présidence du
Brésil devant Jose Serra, candidat conservateur du même
parti que le président sortant Cardoso.
Ayant obtenu près de 52 millions de votes, ce qui constitue un
record historique, cet ancien ouvrier syndicaliste, militant contre
le régime militaire de droite, est aujourd'hui le premier chef
d'Etat de gauche depuis l'instauration de la république en novembre
1889. Dès le résultat du scrutin, des millions de personnes sont
descendues dans les rues de Sao Paulo, de Rio de Janeiro, de Brasilia
pour célébrer la victoire. Victoire également applaudie par le
président cubain Fidel Castro ainsi que le président vénézuélien
Hugo Chavez qui a évoqué la naissance d'un nouvel axe du
bien en Amérique latine. Quant à la Maison Blanche, elle
se dit impatiente de négocier avec le nouveau leader brésilien.
Quelques heures après son élection, Lula a déclaré avoir été élu
président de la république au nom de tous ceux qui ont combattu
pour la démocratie au Brésil.
Investi officiellement le 1er janvier 2003 pour un mandat de quatre
ans à la tête de la onzième économie du monde, le président élu
devra notamment tenter de mobiliser les classes ouvrières et intellectuelles
pour une coalition efficace en faveur d'un redressement national.
« Je veux convier dès aujourd'hui tous les hommes et toutes
les femmes de ce pays, tous les entrepreneurs, tous les syndicalistes,
tous les ouvriers et tous les paysans à construire le pays »,
a-t-il déclaré. Il est vrai que Lula devra faire preuve d'une
grande capacité à négocier pour mener à bien les
réformes qu'il entend proposer afin de faire face à l'adversité
qui sévit dans le pays : chômage, violence, fractures sociales,
croissance économique très faible, énorme dette publique, extrême
pauvreté qui touche près du tiers de la population, etc.
Rassurant les investisseurs en précisant qu'il entendait respecter
les engagements internationaux du pays, il a toutefois ajouté
que « les marchés doivent savoir que trop de Brésiliens
souffrent de la faim » et que son gouvernement se chargera
de créer « un secrétariat à l'urgence sociale doté d'un
budget pour commencer dès janvier à combattre la faim ».
Il s'est par ailleurs prononcé en faveur d'une augmentation des
échanges commerciaux exhortant les pays riches à «
lever les barrières protectionnistes et les subventions qui pénalisent
» leurs exportations. Bref, pour beaucoup, la victoire de
Lula est accueillie comme une avancée sans précédent dans l'histoire
du Brésil qui vient de franchir un nouveau cap vers son indépendance.
Mais les défis qui l'attendent sont immenses et malgré son désir
de contenter aussi bien militaires, fonctionnaires, sans
terre, investisseurs, industriels (etc.), le nouveau président
va immanquablement se retrouver tiraillé entre le mouvement social
et les marchés financiers. Une mission colossale à l'image de
ce pays qui pourrait bien devenir un exemple d'évolution pour
tous ses voisins. Car le nouveau président ne cache pas son désir
de voir le Brésil « jouer un rôle extraordinaire sur le
continent américain » en faveur d'un « monde de paix
où les pays puissent croître économiquement et socialement ».
Souhaitons bonne chance à cet homme dont la nomination présage
d'une opportunité sans précédent pour l'amélioration des conditions
de vie de millions d'êtres humains…
Pascale
Lecture conseillée :
>> Le Brésil de Lula - Jacky Picard : La conquête démocratique de l'Etat fédéral par un parti politique fondé en 1980 sur une triple base, syndicale, catholique progressiste et socialiste, signifie au minimum l'arrivée au pouvoir de dirigeants qui voient dans le libéralisme imposé une idéologie visant à légitimer l'approfondissement des inégalités tant internes qu'internationales. Si le nouveau gouvernement, qui a pris ses fonctions en janvier 2003, s'emploie dans un premier temps à maintenir, voire améliorer, les grands équilibres macro-économiques, les premières mesures montrent son choix de relancer la croissance économique en élargissant la demande intérieure "par le bas".
Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !
~~~~~
|