| Un
pas de plus vers l'obscurité |
Jeudi 27 mars 2003
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J'entends déjà les faucons crier à nos oreilles
de “french cowards” : « Vous êtes contents de nous voir enlisés
dans le bourbier irakien ! C'est de votre faute tout ça ! Si
on avait gagné en quatre jours comme prévu, vous feriez moins
les malins : la population nous aurait accueilli avec des colliers
de roses et vous, vous seriez la honte de la planète ! » C'est
qu'ils sont sincères dans leur aveuglement, les partisans de
la guerre. Pour un peu, ils arriveraient presque à nous faire
croire qu'il s'en ait fallu d'un cheveu que leur opération “Iraq
Freedom” ne réussisse... Mais quand bien même la garde républicaine
de Saddam Hussein aurait-elle fait allégeance sans coup férir,
le drame n'en eut été que repoussé pour quelques temps. Des
intentions mauvaises n'ont jamais de résultats heureux. Seuls
quelques politiciens enivrés par le pouvoir poursuivent de telles
chimères. Les militaires aguerris, eux, ne s'y trompent pas
qui dénoncent
déjà l'irresponsabilité de l'administration Bush (malgré
leur soin ordinaire à ne rien dire qui pourrait mettre en danger
la vie de leurs “boys” sur le théâtre des opérations).
Donald Rumsfeld et ses collègues, dit-on au Pentagone, ne voulaient
expédier en Irak que 60 000 soldats, persuadés qu'ils étaient
par leurs informateurs irakiens et israéliens de l'issue rapide
de la guerre. C'est d'ailleurs cette vision falsifiée du futur
conflit qu'ils n'ont cessé de vendre au peuple américain, jurant
que les pertes humaines seraient réduites au minimum. Une semaine
plus tard, les voilà qui nous annoncent tout l'inverse, tentant
maladroitement de préparer l'opinion à une guerre longue et
coûteuse et appelant des troupes d'élite en renfort... Les villes
qui devaient tomber rapidement aux mains de l'alliance résistent
toujours ; sur les centaines de milliers de soldats irakiens
qui devaient rendre les armes, l'armée américaine n'en compte
que 3 500 ; l'opération “Shock and Awe” n'a subjugué personne
; les marine's accumulent les bavures ; une crise humanitaire
s'annonce en Irak dont la moitié de la population dépend du
programme “pétrole contre nourriture” pour survivre...
Mais ce n'est pas tout. Des officiels du Pentagone voient déjà
poindre le pire des scénarios : une bataille
de rues en plein Bagdad contre des miliciens et autres fedayins
de Saddam vêtus comme de simples civils. L'avantage technologique
de l'armée américaine sera alors vain lorsqu'il s'agira de déloger
les francs-tireurs un par un, de maison en maison... Mais s'il
n'y avait que cela ! A mesure que les bombes déferlent sur la
capitale et que les missiles “errants” frappent
femmes et enfants, la “popularité” de l'un des plus cruels
dictateurs que la terre ait porté va grandissant. Bien sûr,
ce n'est pas pour Saddam que
l'on s'engage dans la milice, mais pour se défendre contre
un ennemi qui vous persécute depuis 12 ans par embargo interposé
et qui voudrait échanger sa démocratie chancelante contre ce
si précieux or noir. Tant de convoitise, d'orgueil et d'inconscience
ne peuvent aboutir qu'à une orgie de violences. Et à l'obscurité.
Oui, le monde est en train d'effectuer un pas de plus vers l'obscurité,
non par la faute des peuples mais à cause de ceux qui les asservissent
politiquement et économiquement. Les seuls et maigres remparts
que nous avions édifiés contre l'adversité se voient mis à mal
: le droit international, le respect des libertés fondamentales,
la démocratie... Toutes ces valeurs auxquelles des millions
d'hommes et de femmes consacrent leur vie sont remises en cause
en quelques mois. Au nom de quoi ? Du
11 septembre, des armes de destruction massive et d'Al-Kaida
! Des “11 septembre”, le gouvernement américain en a suscité
plus d'un ; les armes de destruction massive, il en possède
plus que tout le monde et l'histoire a montré qu'il savait les
utiliser contre des innocents et les vendre à des dictateurs...
Quant à Al-Kaida, la CIA est à l'origine de son existence. Et
si, pour finir, il fallait évoquer la question de la démocratie,
l'on ne peut sérieusement donner en exemple une nation dont
le président a été élu par la justice - et non par les citoyens
- qui restreint les libertés sous couvert de lutte contre le
terrorisme et dilapide la richesse publique au profit de ses
multinationales.
En ces temps douloureux, dressons-nous contre la destruction
massive de notre conscience et de notre intelligence : faisons
en sorte que les peuples et les civilisations se rapprochent
et ne nous abandonnons surtout pas aux sirènes de l'antiaméricanisme
: il suffit de lire les “warblogs” qui fleurissent sur Internet
pour comprendre que des millions d'américains luttent pour la
paix et méritent notre respect, tandis que les autres, pris
par l'angoisse ou victimes de leurs conditionnements n'ont besoin
que de notre indulgence. Après tout, balayons devant notre porte,
nous qui avons vendu tant d'armes au monde et soutenu tant de
tyrans ! Refusons plutôt la guerre et inscrivons enfin dans
nos constitutions le
caractère sacré de toute vie humaine.
Geoffroi
Respirons un peu :
> De
très belles photos de Tina Manley : Faces of Iraq
> Un
clin d'il : la BD de Tom Tomorrow
Lectures conseillées :
>> Irak, qui a gagné ? - Daniel Durand : Daniel Durand, ancien secrétaire national du Mouvement de la paix, analyse les faits qui ont accompagné l'effondrement du régime de Saddam Hussein. Il montre que si la guerre d'Irak a marqué l'entrée dans une nouvelle ère, ce n'est peut-être pas celle annoncée parde nombreux commentateurs, d'une dominationsans partage des États-Unis, mais au contraire celle de l'affirmation de nouvelles tendances et de nouvelles forces opposées à leur hégémonie.
Aspiration à la sécurité et à un développement humain mieux partagé, redécouverte de l'idée du multilatéralisme, convergence avec le mouvement altermondialiste et émergence d'une culture de la paix ne forment-ils pas la base d'un "nouveau pacifisme" conquérant, illustré par les grandes manifestations antiguerre du début 2003 ?
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>> Guerre à l'Irak : Ce que l'équipe Bush ne dit pas - Scott Ritter, William Rivers Pitt : En 1998, au terme de sept années de mission en Irak, Scott Ritter et les inspecteurs mandatés par les Nations unies ont confirmé la destruction de l'arsenal d'armes biologiques, chimiques et nucléaires de l'Irak. Pourquoi, dès lors, mener
une nouvelle guerre à l'Irak ? Scott Ritter et William Rivers Pitt analysent les raisons d'une guerre annoncée contre l'Irak par la Maison blanche et soulignent l'absence totale de liens entre Al Qaida et Saddam Hussein...
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>> La formation de l'Irak contemporain - Le rôle politique des ulémas chiites à la fin de la domination ottomane et au moment de la création de l'Etat irakien - Pierre-Jean Luizard : L'État irakien moderne a été créé sous l'influence du colonisateur anglais sur les ruines de la Mésopotamie ottomane et contre la volonté des dirigeants de la plus importante communauté du pays, les ulémas chiites. Les circonstances de la fondation de cet État-Nation, inspiré par la pratique européenne et imposé par la force face au projet islamique transnational des religieux, expliquent l'origine de nombreux conflits en Irak et au Moyen-Orient...
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